Sébastien Broquet : Vous venez de prendre la direction artistique d’Acte 4, un nouveau lieu qui va succéder à Olma et au Terminal. Pouvez-vous nous raconter la naissance de ce projet et ce que vous avez envie d’y développer ?
Alpha Saliou Diallo : Les nouveaux propriétaires m’ont contacté pour prendre en charge la programmation et la direction artistique. J’observe qu’à Lyon, l’offre est très majoritairement tournée vers la house et la techno, sans qu’il y ait forcément un lien direct avec leurs origines afro-américaines. J’ai donc proposé de travailler autour de la house, du jazz, du zouk, de l’électro, mais toujours avec un propos, une connexion, un fond culturel.
Il y aura également des résidences avec des collectifs locaux. Je travaille aussi sur des tournées européennes et sur des artistes que j’accompagne depuis quelques temps. L’idée est vraiment d’ouvrir le spectre.
S. B. : Acte 4 ne sera pas uniquement un club ?
A. S. D. : Non. Acte 4 signifie Art, Culture, Transmission et Engagement. Ce sont vraiment les quatre piliers qui ont été pensés et voulus par les propriétaires. Le lieu aura deux vies. En journée, il y aura notamment une cantine solidaire, en lien avec des associations qui organisent des maraudes et proposent des repas accessibles. Il y aura également une programmation culturelle : des concerts, du théâtre, du stand-up, des rencontres littéraires…
Puis, de minuit à 7 heures du matin, le lieu aura sa vie de club. J’ai aussi commencé à prendre contact avec les établissements situés autour du lieu afin de travailler en bonne intelligence avec eux et de proposer des formats complémentaires à ce qui existe déjà dans le quartier. L’idée, c’est de travailler aussi bien avec le local qu’avec le national et l’international, sur différentes esthétiques.
S. B. On vous connaît notamment pour LEGROSTASDEZIK, devenu au fil des années un média reconnu bien au-delà de Lyon. Est-ce que cette aventure va continuer parallèlement à Acte 4 ?
A. S. D. : Oui, complètement. LEGROSTASDEZIK va continuer et le club va aussi permettre de développer de nouveaux formats. Il pourra y avoir, en fonction des projets, des retransmissions en live et différents types d’événements.
Mais c’est Alpha qui a été recruté en tant que directeur artistique d’Acte 4, pas LEGROSTASDEZIK. Le lieu aura donc ses propres formats, ses propres soirées et ses propres partenariats. Il y aura évidemment des passerelles et une certaine continuité entre mes différentes activités, mais Acte 4 ne sera pas LEGROSTASDEZIK Club !
S.B. : Comment présenteriez-vous LEGROSTASDEZIK ?
A. S. D. : À l’origine, LEGROSTASDEZIK était un blog que j’ai fondé en 2011, à l’époque où je commençais à faire de la radio FM. J’avais débuté à RCT, Radio Charpennes Tonkin, dans l’émission La Blackline. Lorsque RCT est devenue RCT CapSao puis Radio CapSao, la radio a pris un tournant davantage luso-latino. J’avais envie de continuer à parler du hip-hop comme je l’entendais, sans contrainte. J’ai donc créé LEGROSTASDEZIK.
Au fil des années, c’est devenu un média à part entière. J’ai très souvent été parmi les premiers Français à parler de certains collectifs internationaux ou d’artistes qui ont ensuite développé leur carrière bien au-delà de leurs frontières. Le média est ensuite devenu une webradio, autour de laquelle j’ai développé de nombreux événements partout en France.
S. B. : Vous avez évoqué La Blackline, émission historique du hip-hop à Lyon. Quelle place a-t-elle occupée dans votre parcours ?
A. S. D. : La Blackline est, je crois, l’une des plus anciennes émissions hip-hop de Lyon. Dans mes souvenirs, elle a été créée à la fin des années 1980. Plusieurs générations d’animateurs s’y sont succédé. Mon cousin Abdou Salam, qui est producteur et rappeur, a notamment coanimé l’émission avec Narcisse. C’est comme ça que j’en ai entendu parler pour la première fois. Mon cousin est aussi la personne qui m’a mis dans le rap dès l’âge de six ans.
Plus tard, pendant mes études, j’ai rencontré un ami qui faisait partie d’une nouvelle génération d’animateurs de La Blackline. J’ai commencé à y faire des chroniques dans les dernières années de RCT, avant que la radio ne devienne Radio CapSao.
Il y a d’ailleurs eu une dernière Blackline assez incroyable : douze heures d’affilée, avec toutes les figures historiques de l’émission et du hip-hop lyonnais. Je ne sais même pas s’il existe encore des enregistrements, mais c’était un moment assez dingue.
Ensuite, Flo, qui avait coanimé La Blackline, a créé Latin Urban. J’ai d’abord été son coanimateur avant de devenir l’animateur principal de l’émission. C’est aussi à cette période que j’ai créé LEGROSTASDEZIK.
Par la suite, j’ai rejoint RTU. J’y ai animé La Grosse Audition, l’émission hip-hop de la radio, tout en étant rédacteur du site internet, community manager et technicien. Quand RTU est devenue Nova Lyon, j’ai décidé de partir et de me consacrer entièrement au GROSTASDEZIK. J’en ai fait une webradio et, finalement, j’ai commencé à faire pour mon propre média ce que je faisais auparavant pour d’autres radios.
S. B. : Vous avez également été lauréat du programme La Relève du ministère de la Culture. En quoi consiste ce dispositif ?
A. S. D. : La Relève est un programme qui avait été lancé à l’initiative de Rima Abdul Malak, lorsqu’elle était ministre de la Culture. L’objectif était notamment de renouveler et de diversifier les profils des personnes amenées à diriger des institutions culturelles. Le programme a été mis en place par le ministère de la Culture, en partenariat avec Sciences Po et l’association Les Déterminés. 101 personnes, une par département, ont été sélectionnées. Je suis le lauréat pour le Rhône.
Nous avons suivi une formation certifiante de dix-huit mois, avec des enseignements à Sciences Po, à distance ou en immersion. Nous avons également passé du temps au ministère de la Culture et dans différentes institutions culturelles, avec des masterclass et des interventions de dirigeants du secteur. C’est une formation consacrée à la direction d’institutions culturelles. Il y avait deux cohortes d’une cinquantaine de personnes et je fais partie de la seconde.
S. B. : Vous avez toujours eu cette image de défricheur, de digger. Est-ce aussi votre ambition à Acte 4 : faire découvrir à Lyon des artistes que l’on n’y a encore jamais vus ?
A. S. D. : Évidemment. Il y a cette volonté de découverte, mais aussi celle de faire redécouvrir certains artistes ou de proposer des formats inédits. On peut très bien programmer des noms connus, mais dans des configurations différentes, plus interactives. Même dans la manière de présenter les artistes, j’ai envie de proposer un cadre particulier, avec une force de frappe importante en matière de communication, mais aussi de réfléchir aux complémentarités entre les artistes.
J’aime partir de l’histoire et des références d’un artiste ou d’un collectif local, notamment lorsqu’il est en plein développement, pour aller chercher ses propres références et les programmer. Cela permet de créer une véritable alchimie. Ce que je veux éviter, c’est une programmation qui repose uniquement sur le nom d’une tête d’affiche pour remplir une salle. J’ai envie d’aller chercher des synergies, de créer un écosystème et de raconter des choses : l’histoire d’un courant musical, des célébrations, des projets à mettre en avant, des causes ou des idées à défendre. Acte 4 va vraiment être un terrain de jeu pour construire des choses.
S. B. Vous avez également parlé de stand-up. Est-ce vous qui allez en assurer la programmation ?
A. S. D. : Cela dépendra des projets. Il existe déjà des plateaux qui fonctionnent très bien et avec lesquels on peut imaginer des choses. J’ai aussi envie de relancer A Tribe Called Sketch, le comedy club que j’avais créé avec Mathieu Rochet. Le concept était justement de proposer un comedy club aux couleurs du hip-hop. Il y a énormément de concepts et d’idées à développer.
S. B. : Comment un projet comme ACT 4 va-t-il fonctionner économiquement ? Est-ce un projet entièrement privé ou envisagez-vous également de rechercher des financements publics ?
A. S. D. : Il y aura plusieurs leviers. Nous allons notamment nous positionner sur des appels à projets, chercher des subventions et développer des partenariats. Nous avons également une équipe de communication très solide et bien implantée, avec laquelle nous allons pouvoir mettre en place des opérations de promotion et des partenariats, toujours en accord avec les valeurs et les esthétiques que nous défendons.
Avec les différents formats que je développe également autour du GROSTASDEZIK et le fait de disposer désormais d’un espace pour concrétiser certaines idées, je pense que nous avons les moyens de créer une vraie fréquentation. L’idée est de multiplier les stratégies : répondre à des appels à projets, monter nous-mêmes des projets, aller chercher des financements et imaginer différents modèles. Il y aura vraiment plusieurs pistes.
S. B. : À quel moment le public pourra-t-il découvrir cette nouvelle identité du lieu ?
A. S. D. : Le lieu est encore en travaux et il est censé être prêt à la fin du mois. L’idée serait d’organiser des soirées tests au mois d’août. À partir du 15 septembre, j’ai pour projet d’organiser un événement à destination des professionnels, afin de présenter le concept et les premiers artistes programmés. Ensuite, les premières soirées arriveront. Pour l’instant, j’ai beaucoup d’idées. Mais je préfère aussi avoir vu le lieu fini, en prendre possession et vraiment découvrir tout ce qu’il va nous permettre d’imaginer.
Propos recueillis par Sébastien Broquet
Acte 4 (anciennement Olma et Le Terminal)
3, rue Terme, Lyon 1er
Ouverture prévue à la rentrée 2026