Téo Milev :  “Cette année, nous avons choisi de mettre en avant le tatouage polynésien à The Ink Factory”

Téo Milev :  “Cette année, nous avons choisi de mettre en avant le tatouage polynésien à The Ink Factory”

Tatoueur depuis l’adolescence et fondateur du salon lyonnais 681 Tattoos, Téo Milev organise avec Morgane Witlberger The Ink Factory, la convention internationale de tatouage de Lyon. À l’approche de sa septième édition, qui réunira plus de 350 artistes à la Halle Tony Garnier, il revient sur son ambition de faire découvrir toutes les cultures qui entourent le tatouage.

Sébastien Broquet : Vous êtes entré très jeune dans l’univers du tatouage, avant de créer 681 Tattoos à Lyon. Quel a été votre parcours et à quel moment le tatouage s’est-il imposé à vous ?

Téo Milev : J’ai commencé à tatouer à 15 ans, dans mon pays natal, la Bulgarie. Je suis arrivé en France un peu plus tard, à une vingtaine d’années, directement à Lyon. J’ai travaillé dans plusieurs boutiques en France, notamment ici, puis j’ai commencé à voyager à travers le monde pour rencontrer des collègues, développer mon travail et découvrir d’autres techniques et d’autres cultures.

Petit à petit, je me suis constitué un carnet d’adresses assez conséquent. Je peux dire que j’ai aujourd’hui des amis aux quatre coins du monde. Cela a facilité l’organisation de The Ink Factory : au début, il me suffisait d’appeler les amis rencontrés dans les différents pays où j’avais voyagé. Ils étaient heureux de venir participer à notre salon, parce que nous nous connaissions personnellement.

Aujourd’hui, ce n’est plus tout à fait pareil : la convention est devenue tellement importante que des artistes du monde entier s’inscrivent d’eux-mêmes, avec l’envie de découvrir Lyon et de participer à l’événement. Mais, au départ, tout est vraiment parti de ces rencontres. Tous ces voyages m’ont beaucoup enrichi, aussi bien culturellement qu’artistiquement.

En 2013, j’ai décidé d’ouvrir ma propre boutique au cœur de Lyon : 681 Tattoos. Depuis, nous vivons une très belle aventure. Nous sommes très heureux d’accueillir tous ces artistes et nous avons constitué une bonne petite équipe de tatoueurs lyonnais, avec laquelle tout se passe très bien.

S. B. : Lorsque vous avez imaginé la première édition de The Ink Factory, quel événement manquait-il selon vous à Lyon ?

T. M. : L’idée est arrivée vers 2017. À nos yeux, il manquait à Lyon un véritable salon de passionnés, créé par des tatoueurs pour les tatoueurs. Le tatouage reste une niche, un milieu artistique assez particulier. Pour organiser un événement aussi spécifique, il fallait, selon nous, quelqu’un qui connaisse vraiment cet univers et qui vienne du cœur du métier.

C’est pour cela que nous avons décidé de nous lancer dans ce projet. Cela fait maintenant presque dix ans. Nous en sommes aujourd’hui à la septième édition. Il y a eu deux annulations pendant la période du Covid, mais tout cela est heureusement bien derrière nous.

S. B. : The Ink Factory prépare sa septième édition, avec plus de 350 tatoueurs venus du monde entier. Comment sélectionnez-vous les artistes ?

T. M. : Constituer un plateau d’artistes suffisamment varié et qualitatif est sans doute la partie la plus difficile du travail. L’équilibre entre artistes étrangers et scène locale est très important. À mes yeux — et cela n’engage que moi — organiser un salon uniquement avec des étrangers ne serait pas une bonne idée. Nous avons ici des artistes extrêmement doués, dont certains sont reconnus dans le monde entier.

Comme l’événement se déroule chez nous, nous devons d’abord mettre en avant nos artistes locaux : à Lyon, puis dans la région et, enfin, à l’échelle nationale. En parallèle, il est très intéressant pour le public lyonnais et régional de faire venir des stars internationales qui travaillent habituellement très loin d’ici. Cela permet de les rencontrer, d’échanger avec elles, de se faire tatouer et de découvrir d’autres horizons tout en restant chez nous. Nous calculons donc soigneusement les proportions afin de maintenir un véritable équilibre entre artistes locaux et étrangers.

S. B. : Cette édition 2026 met notamment à l’honneur le tatouage marquisien et, plus largement, le tatouage polynésien. Comment présenter une tradition aussi ancienne sans la réduire à une simple esthétique ?

T. M. : Cette année, nous avons choisi de mettre davantage en avant le tatouage polynésien. Nous accueillerons plus d’une vingtaine de tatoueurs spécialisés dans ce style. Certains viennent directement de Polynésie, tandis que d’autres exercent déjà sur le continent.
Nous avons créé une catégorie spécialement pour eux, afin qu’ils puissent réellement se mesurer entre eux, car il s’agit d’un style à part entière. Là-bas, c’est un élément culturel et une tradition très ancienne, chargée de sens et d’histoire. C’est très particulier, et c’est précisément ce que nous voulons mettre en avant.

C’est la première fois que nous réunissons autant de tatoueurs polynésiens au sein de la convention. Nous aimerions encore développer cette dimension au cours des prochaines années, pourquoi pas avec des conférences, des historiens venus de Polynésie et, plus largement, davantage de contenu culturel.

S. B. : The Ink Factory ne se limite pas aux stands de tatoueurs : on y trouve des spectacles, des concerts, des créateurs et différentes performances. Souhaitez-vous en faire un véritable festival consacré à toutes les cultures qui entourent le tatouage ?

T. M. : C’est exactement notre idée. Le tatouage est notre passion, presque toute notre vie. Mais énormément de choses sont liées à cet univers, et nous essayons de montrer au public tout ce qui l’entoure. Il y aura donc des concerts, des spectacles et plusieurs conférences pendant tout le week-end, autour de thèmes historiques et culturels.

Le samedi après-midi, par exemple, une conférence sera consacrée au tatouage traditionnel thaïlandais, le sak yant. C’est un tatouage qui se pratique notamment dans des monastères et des temples, par des moines. L’intervenant vit là-bas et a été formé dans un temple, auprès de véritables moines. Nous avons la chance qu’il soit français : il pourra donc raconter cette expérience au public pendant une trentaine de minutes. Je pense que ce sera vraiment très intéressant.

S. B. : Quel est le budget de The Ink Factory et comment le festival est-il financé ?

T. M. : Le budget est quelque chose d’assez personnel pour nous, et nous ne souhaitons pas trop nous étendre dessus. Disons que c’est cher, que ce n’est pas donné… L’événement est entièrement autofinancé et privé. Nous ne recevons ni subvention ni aide de l’État : il est financé intégralement par nous deux.

S. B. : Qu’est-ce qui distingue la scène lyonnaise de celles de Paris, Londres, Berlin ou Amsterdam ?

T. M. : Dans le tatouage, on peut dire qu’il existe une petite signature lyonnaise, assez bien ancrée et liée aux écoles d’art présentes à Lyon, comme l’École Émile-Cohl. Beaucoup de tatoueurs lyonnais sont passés par cette école, et cela laisse une trace dans leur style.
On peut réellement parler d’un style graphique : à Lyon, on retrouve souvent du blackwork, de la gravure et des approches très graphiques. Je pense que cela vient en partie de nos écoles d’art, parce que beaucoup d’artistes sont passés par ce chemin-là.

Propos recueillis par Sébastien Broquet

The Ink Factory
Du vendredi 18 au dimanche 20 septembre 2026
À la Halle Tony Garnier ; Lyon 7e
Tarifs : de 18 à 45 euros.

X