Jean Batail : la mémoire au graphite

Jean Batail : la mémoire au graphite

Une quarantaine d’œuvres sur papier, pour la plupart inédites, composent cette nouvelle exposition consacrée à Jean Batail.

À la mine de plomb, le geste se dépouille, se resserre, et révèle une pratique où le dessin ne sert pas la peinture : il en constitue le cœur battant. Ici, pas d’esbroufe technique. Juste une attention extrême à la lumière, au détail, à ce qui persiste quand tout semble s’effacer.

Né à Lyon en 1930, ouvrier très tôt, autodidacte par nécessité autant que par instinct, Jean Batail développe une œuvre singulière, à la lisière de la peinture et de la photographie. Son processus est connu : des clichés en noir et blanc, captés dans son environnement quotidien, puis retravaillés, agrandis, recomposés. Mais il ne s’agit jamais de reproduire fidèlement une image. Plutôt de la déplacer. D’en révéler une étrangeté latente.

Sur ces feuilles, les rues urbaines modestes, les visages fermés, les silhouettes solitaires composent un monde en suspens. Les contrastes se creusent, les noirs gagnent du terrain, les blancs irradient. Tout semble à la fois précis et instable, comme si l’image vacillait sous nos yeux. On pense à des daguerréotypes tardifs, à des cartes postales jaunies dont la mémoire aurait commencé à se dissoudre.

Ce qui trouble, chez Batail, tient moins au sujet qu’à la manière. Un cadrage serré, un détail isolé, une posture figée suffisent à faire basculer la scène. Le temps s’abolit. Les figures, anonymes et sans titre, cessent d’appartenir à une époque pour rejoindre une forme d’universel mélancolique. Il y a là quelque chose de profondément romantique, mais sans pathos : une gravité sourde, presque minérale.

L’exposition de la galerie Henri Chartier permet aussi de saisir l’importance du papier dans cette recherche. Plus direct, plus vulnérable que la toile, il capte les hésitations, les reprises, les effacements.

Si, à partir des années 1980, l’œuvre de Batail s’éclaircit avec des silhouettes plus légères, des groupes d’enfants et une palette élargie, ses dessins rappellent une autre face de son travail : plus dense, plus intérieure. Comme si, avant la couleur, il fallait traverser cette zone d’ombre.

Une exposition qui ne se regarde pas frontalement, mais qui s’approche. Lentement. À mesure que l’œil s’habitue, les images se dévoilent — ou se dérobent.

Infos
Jean Batail : oeuvres sur papier
Du 18 avril au 30 mai
Galerie Henri Chartier, Lyon 2
Gratuit

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