Ça Presse 2026 : quand le dessin de presse résiste à l’overdose d’images

Ça Presse 2026 : quand le dessin de presse résiste à l’overdose d’images

Toujours plus d’images. Toujours plus d’informations. Toujours plus vite. À l’heure de l’info en continu, des réseaux sociaux et de l’infobésité, le Festival international du dessin de presse et des médias Ça Presse pose une question simple et vertigineuse : surconsommer, jusqu’à quand ? Du 1er au 8 mars, Lyon devient le terrain de jeu critique d’un événement qui entend ralentir le regard pour mieux aiguiser l’esprit.

Pour sa cinquième édition, Ça Presse s’impose comme le plus grand festival européen consacré au dessin de presse, réunissant près de cinquante dessinateurs, journalistes, chercheurs et auteurs venus de France et de l’étranger. Loin d’un simple rendez-vous professionnel, le festival revendique une ouverture maximale : scolaires, étudiants, familles, citoyens curieux sont invités à venir rire, débattre et réfléchir autrement à l’actualité.

Le cœur battant du festival s’installe à l’Hôtel de Ville de Lyon, transformé pendant quatre jours en agora contemporaine. Tables rondes, masterclass, dessins réalisés en direct, expositions, dédicaces, ateliers jeunesse et revues de presse dessinées s’y succèdent dans une atmosphère volontairement vivante. Le dessin de presse y est envisagé comme un antidote à la saturation informationnelle : une image, un trait, une idée, là où les flux numériques noient souvent le sens.

Le thème de la surconsommation irrigue l’ensemble de la programmation. Surconsommation des biens, bien sûr, mais aussi des images, des notifications, de l’actualité elle-même. Les débats abordent la fatigue informationnelle, les relations entre médias et pouvoir politique, l’omniprésence de la publicité, la décroissance ou encore la satire comme forme de résistance. À chaque fois, le dessin accompagne la parole : il ne commente pas après coup, il agit en temps réel.

Les expositions prolongent cette réflexion. Une grande exposition collective rassemble près de 300 dessins, tandis que d’autres parcours interrogent le détournement publicitaire ou l’histoire des unes satiriques. De Hara-Kiri à The Onion, le festival montre comment l’humour graphique a su, depuis des décennies, fissurer les discours dominants et révéler l’absurdité de la société de consommation.

International par essence, Ça Presse rappelle aussi que l’information n’est pas partout un luxe accessible. En partenariat avec Cartooning for Peace, Cartoonists Rights et Reporters sans frontières, le festival consacre une table ronde à la situation des dessinateurs menacés dans le monde. Ailleurs, l’information est rare et contrôlée ; ici, elle déborde et épuise. Le dessin de presse devient alors un langage commun pour penser ces déséquilibres.

Autre pilier du festival : l’éducation aux médias et à l’information. Plus de 1 500 scolaires sont attendus cette année, avec des visites commentées, ateliers, projections et débats pensés pour développer l’esprit critique dès le plus jeune âge. Une journée professionnelle, organisée avec le Club de la presse de Lyon et l’incubateur Hôtel71, interroge quant à elle les mutations du journalisme contemporain : fake news, déontologie, création de médias indépendants.
 
Un langage critique à part entière

Fondé à Lyon en 2019, Ça Presse est porté par une association engagée et une direction bicéphale, incarnée par Coralina Picos et Barbara Prost, qui défendent une conviction simple : le rire, la satire et le dessin sont des outils citoyens essentiels.

En 2025, le festival avait déjà réuni 16 500 visiteurs. En 2026, il confirme son ambition : faire du dessin de presse non pas un art marginal, mais un espace vital de débat démocratique. Au-delà de la programmation, Ça Presse assume une position politique au sens noble : rappeler que le dessin de presse n’est pas un ornement mais un outil.

Un outil de simplification, au sens le plus exigeant du terme. Là où l’information contemporaine se dilue dans la complexité et la surabondance, le dessin tranche, isole, pointe. En un trait, il oblige à regarder là où l’on détourne habituellement les yeux. Cette économie de moyens devient une forme de résistance esthétique autant qu’éthique.

Le festival interroge aussi la place du rire dans le débat public. Rire de tout, oui - mais surtout penser en riant. Le dessin de presse n’adoucit pas la violence du monde, il la rend lisible. Il révèle les mécanismes de domination, les absurdités systémiques, les contradictions d’une société qui consomme tout, y compris ses propres indignations. Dans ce cadre, la satire n’est ni cynique ni gratuite : elle est un langage critique à part entière.

Autre singularité de Ça Presse : sa capacité à faire dialoguer générations et pratiques. Les grands noms du dessin de presse croisent de jeunes auteurs, les supports traditionnels rencontrent les formats numériques, la feuille imprimée dialogue avec l’écran. Ce frottement permanent évite toute muséification du genre. Ici, le dessin de presse n’est pas célébré comme un vestige menacé, mais comme une forme vivante, en mutation constante, capable de se réinventer face aux nouveaux médias.

Enfin, le festival pose une question essentielle, rarement formulée aussi frontalement : que voulons-nous vraiment consommer comme information ? En invitant le public à ralentir, à observer, à débattre, Ça Presse propose une autre temporalité médiatique. Une temporalité qui ne cherche pas à capter l’attention, mais à la mériter. À l’heure où l’actualité s’auto-dévore, le dessin de presse réintroduit de la distance - et donc de la liberté.

Infos

Festival Ça Presse 2026

Du 1er au 8 mars

Divers endroits à Lyon

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