Grégory Tudella : “La Caravane des Cinémas d’Afrique offre une belle photographie des cinémas du continent”

Grégory Tudella : “La Caravane des Cinémas d’Afrique offre une belle photographie des cinémas du continent”

La Caravane des Cinémas d’Afrique, événement initié par le CinéMourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon, passe en format annuel pour mieux se développer et refléter l’essor du cinéma africain. Explications en compagnie de Grégory Tudella, le directeur du festival et du cinéma associatif. 

Sébastien Broquet : Présentez-nous ce festival consacré, comme son nom l’indique, au cinéma africain… Quelle est son identité ?

Grégory Tudella : C'est un festival qui a une longue existence, mais qui jusqu'à maintenant était organisé en biennale. Cette année, la grande nouveauté, c'est qu’il devient annuel. Il a toujours eu deux piliers : la partie cinéma, avec l'idée de mettre en avant les cinématographies africaines, qui pendant longtemps ont été très peu diffusées — peut-être un peu plus, aujourd'hui. Nous avons plus de films qui arrivent jusqu'à nous, mais ils n’ont pas toujours beaucoup de visibilité. L'idée, c'est de les mettre en avant. Et en parallèle, le second pilier consiste à offrir un aperçu des cultures africaines, à travers des évènements qui sont organisés, principalement, sur la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon.

S. B. : De biennale, vous devenez donc annuel lors de cette édition, pour répondre au succès : racontez-nous.

G. T. : Il y a plusieurs raisons à cette volonté de passer annuel. La première raison, c'est le fait que la production nous semble suffisante. Le festival, au départ, était pensé en biennale, parce qu’il y avait cette crainte de ne pas avoir assez de films. 

Cette année, j'en ai presque trop. Ce n'est plus du tout un souci. Je suis là depuis 2016, j'ai fait trois Caravanes. Nous avons eu un gros trou avec le Covid, ça n’a pas été, pour nous, une année ou deux… mais quatre ans. Je me rends compte à l'usage que le fonctionnement en biennale, c'est très compliqué : c'est lourd et ce n'est pas bénéfique au festival. Pour tout ce qui est partenariats, ça ne permet pas d'avoir une continuité. En ayant ce rythme annuel, nous allons pouvoir développer ces partenariats et des actions dans la continuité, nous appuyer sur une dynamique.

S. B. : Comment se porte le cinéma africain en 2026, quelles sont les tendances, les pays émergents ?

G. T. : C'est toujours compliqué, parce qu’il y a peu de films si nous comparons au nombre de pays sur le continent. Bien sûr, il y a toujours une production importante dans les pays du Maghreb, notamment au Maroc, qui a une politique assez favorable au développement de la production. 

Du côté des autres pays, il y a le Nigeria qui produit beaucoup — mais plutôt des grosses productions qui lorgnent vers le cinéma américain. De temps en temps, nous avons un film qui arrive du Soudan, ou d'un pays n’ayant pas forcément une production régulière, ce qui permet d'avoir une richesse, une diversité. 

Au niveau des genres de films, cette année nous avons de bonnes comédies. C’est assez riche et tous ces films regroupés ensemble donnent une belle photographie des cinémas qui peuvent exister en Afrique. Mais ça reste une production très sporadique : il n'y a pas vraiment de moyens ni de structures, sauf dans quelques pays. 

S. B. Une nuit du cinéma égyptien est programmée le 25 avril…

G. T. : Pour chaque édition de la Caravane, nous proposons une nuit — avant, c’était deux. Le festival étant regroupé sur six jours cette année, il n'y en a plus qu'une. Nous sommes heureux de présenter une nuit du cinéma égyptien, parce que souvent lors de ces nuits, c'était plutôt des films du Maghreb qui étaient présentés, car il nous faut trois films pour faire la nuit. 

Pour démarrer cette soirée, nous aurons “La Vie après Siham”, un documentaire de Namir Abdel Messeeh, qui avait fait “La Vierge, les Coptes et moi…”, un autre documentaire qui avait bien fonctionné. C’est un film qu'il a fait après le décès de sa maman. Namir va peut-être venir, mais c'est encore sous réserve. 

Ensuite, nous aurons en avant-première un film qui s'appelle “L’Entente - La Face cachée d'Alexandrie”, de Mohamed Rashad, qui sera présent pendant le festival, il vient passer plusieurs jours avec nous. C'est un film complètement contemporain ! Nous terminerons la soirée avec “Les Aigles de la République”, le troisième volet de la trilogie de Tariq Saleh, qui a déjà une vie dans les salles ; mais nous nous sommes dit que c'était l'occasion de remettre en avant ce film, pour terminer la soirée sur une note un peu plus légère.

S. B. : Comment est financé le festival et quel est son budget ?

G. T. : Nous sommes sur un budget d’environ 65 000 euros cette année. Nous sommes bien sûr aidés par la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon, qui nous soutient beaucoup. Nous avons une subvention de la Région, une autre du CNC via la DRAC et également une subvention du Grand Lyon. Quelques partenaires privés nous accompagnent sur la manifestation.

S. B. : Le point central reste le Ciné Mourguet, à Sainte-Foy-les-Lyon, dont vous êtes également le directeur.

G. T. : Tout à fait. Une bonne partie des projections sur les six jours se déroulent au Mourguet, mais nous avons 27 salles partenaires sur toute la région. Tous les événements hors cinéma sont sur la commune de Sainte-Foy-les-Lyon, où nous essayons de mobiliser les structures de la commune, notamment les centres sociaux, la MJC qui va accueillir pour la première fois un concert sur la soirée d'ouverture, du groupe Sabaly. 

S. B. : C'est toute une semaine africaine qui est proposée à Sainte-Foy-lès-Lyon : il y a un menu africain dans les écoles, des soirées contes, de la bande dessinée…

G. T. : Exactement. Les cantines jouent le jeu et servent un repas africain aux enfants, il y a des stages de danse, un marché équitable et des expositions. Cette année, nous innovons avec un illustrateur qui vient avec deux de ses comparses. Tous les trois vont être présents durant la semaine et ils vont se prêter au petit exercice d'essayer de produire des critiques dessinées des films vus lors du festival. Et toute la semaine, nous allons exposer ces critiques dessinées au fur et à mesure.

S. B. : Comment se porte le Mourguet aujourd'hui ?

G. T. : Très bien. En 2024, nous avons vraiment redressé la barre post-Covid, puisque c'était notre année record avec 105 000 entrées. En 2025, comme tous les cinémas, nous accusons une petite baisse sur les entrées ; mais ça reste très minime. Nous sommes un cinéma associatif de deux salles, nous avons quatre salariés, soixante-dix bénévoles et l'année dernière, nous avons fait 93 000 entrées. C'est plutôt une très bonne performance. Sur ce modèle-là en France, nous devons être parmi les cinémas les plus performants, c'est un cinéma qui fonctionne très bien. Notre public est nombreux, il répond présent. Nous pouvons nous estimer chanceux d'avoir un si bel outil, qui est si bien fréquenté. 

Propos recueillis par Sébastien Broquet

Caravane des cinémas d’Afrique
À Sainte-Foy-lès-Lyon et en région du 21 au 26 avril

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