Maître international, ancien étudiant à Lyon, ancien consultant en stratégie reconverti en créateur de contenu au tournant de 2020 suite à un burn-out, Julien Song fait partie de cette génération qui a su faire sortir les échecs de leur couloir trop confidentiel et du cliché de jeu de geeks à gros pulls marronnasse et à montures épaisses.
Sur le web il raconte le jeu, le rend lisible, punchy, parfois drôle, souvent exigeant, jamais condescendant. Il a d’ailleurs monté un club privé pour apprendre et progresser dans le jeu.
S’il faisait un tour ce samedi au Lyon Olympique Échecs et son fabuleux et fantasque directeur Christophe Leroy, c’était à la fois pour rencontrer le club dans lequel il a été entraîneur pendant ses années estudiantines, échanger avec les joueurs, et organiser un tournoi gratuit.
Le Lyon Olympique Echec, plus grand club de France
Le LOE, ce n’est pas qu’un club performant. C’est une structure pensée sur le long terme, c’est d’ailleurs aujourd’hui le club qui a le plus grand nombre de licenciés en France. Un bijou pour notre ville, qui accueille nombre d’événements nationaux et internationaux et compte des licenciés d’un nombre immense de nationalités et de niveaux de jeu des plus ouverts.
Formation des jeunes, haut niveau, ouverture au public, partenariats culturels, lieu de lien social. Un chouette projet hélas parfois menacé depuis quelques années de perdre son local à cause de la municipalité depuis Anne Braibant et Grégory Doucet (le club est installé ici pourtant à l’origine sur demande de la Ville de Lyon). Ce serait dommage : ici, les échecs sont envisagés comme un sport, mais aussi comme un outil de vie.
Quand les échecs croisent le football
Parmi les sujets abordés ce jour-là dans ma tentative d’interview , il y avait aussi un projet plus inattendu : le foot chess. Une initiative hybride portée par Jean-Christophe Vincent, président du club de football de La Duchère.
Passionné de football et d’échecs, il défend l’idée que les deux disciplines partagent bien plus qu’on ne le croit : vision du jeu, anticipation, lecture des espaces, prise de décision sous pression. Le foot chess n’est pas un gadget, mais une tentative sérieuse de créer des ponts entre deux mondes qui s’ignorent trop souvent. Ceci alors que les échecs, comme le football, sont un vrai sport, qui demande préparation mentale et physique. L’idée du chess foot, qui ne demande qu’à s’épanouir au sein du club de la Duchère, c’est l'alternance entre jeu sur l'échiquier
Les échecs sont devenus mainstream (oui, vraiment)
Il faut replacer ça dans le contexte. Depuis Le Jeu de la Dame, la série Netflix, les échecs ont basculé. D’un coup. Twitch, YouTube, événements publics : le jeu est sorti de son entre-soi. Des influenceurs français s’y sont mis, publiquement, parfois maladroitement, mais avec curiosité. Et surtout, à l’international, une nouvelle génération de créateurs a changé l’image du jeu.
Impossible de ne pas citer les Sœurs Botez. Elles incarnent cette mutation : échecs, projets musicaux, grands événements de mode, formats hybrides. Les échecs sont devenus pops.
De nouveaux formats ont émergé : parties jouées en public face à des invités mystère, adversaires déguisés, duels pimentés de trash talk entre figures d’Internet… La grand maître international féminin russe Dina Belenkaïa est montée sur le ring en 2022 pour participer à un spectaculaire combat de chess-boxing – ici un croisement entre échecs et boxe – qui a cumulé près de trois millions de vues. Inoxtag, le célèbre créateur de contenus français, s’est mis à organiser des tournois dans des décors spectaculaires, amenant lui aussi un nouveau public vers ce sport.
Une féminisation encore trop lente
Reste un point sérieux. Les femmes représentent encore environ seulement 10% des licences au niveau international (le chiffre français est certes plus élevé autour de 17% ) même si la visibilité des créatrices de contenu fait parfois oublier cette réalité . C’est trop peu que ce soit au niveau mondial ou français. Le chiffre progresse, heureusement, notamment localement grâce aux efforts du Lyon Olympique Echecs. Cette visibilité de nouvelles figures féminines, joueuses ou créatrices, aide. Elle ne suffit pas hélas, mais elle compte.
Et l’interview, alors ?
Je n’ai pas réussi à interviewer Julien Song.
On a trop parlé, trop ri, trop digressé, c’était trop intéressant et sympathique. Et en cours d’interview on a pas pu arrêter de se marrer. Echec et mat comme le chante la talentueuse Miki. Mais un moment où l’on a bien déroulé le jeu !
Romain Blachier