Sébastien Broquet : Pourriez-vous nous présenter votre projet pour le CCO - La Rayonne et nous expliquer ce que vous allez amener à ce lieu ?
Laura Courbe : Nous sommes très fiers de la programmation de La Rayonne et de son rayonnement au sein de la Métropole. Le CCO, de par son aspect tiers-lieu et son ancrage dans le territoire, est lui aussi très riche, avec une histoire de plus de soixante ans. L’objectif pour les prochaines années, c’est de poursuivre ce travail d'ancrage territorial avec des propositions sociales et culturelles pour les habitants du quartier, notamment au sein du bâtiment patrimonial de L’Autre Soie. Il nous faut ouvrir cet espace et continuer à le faire vivre au profit des associations et des habitants.
Et nous devons poursuivre ce travail de programmation artistique, créative et engagée que porte La Rayonne depuis deux ans, créer une cohérence entre ces deux lieux qui sont avant tout des espaces de rencontres. Nous voulons faire grandir cet écosystème vivant !
S. B. : Qu’est-ce qui vous a séduit initialement dans ce projet ?
L. C. : L’engagement ; l’histoire du CCO ; sa vision novatrice avec la création d’une salle de concerts en tant qu’espace festif et culturel mais aussi lucratif, au service de l’intérêt général et des missions historiques du CCO. Cette proposition innovante, je la trouvais particulièrement intéressante.
Bien sûr, le tiers-lieu rejoint définitivement mes expériences passées et c’est une proposition sociale, culturelle et créative dont nous avons vraiment besoin dans le contexte actuel. Un lieu solidaire et sensible.
S. B. : Votre parcours vous a amené à vous occuper de différents lieux entre Paris, Montréal et Crest : pouvez-vous nous dire d’où vous venez ?
L. C. : L’expérience la plus formatrice et la plus en lien avec celle du CCO - La Rayonne, c’est celle du projet Césure à Paris, dont j’étais la coordinatrice générale. Une équipe de vingt personnes au service d’un projet porté par Plateau Urbain, pour une occupation transitoire de l’ancien bâtiment de Sorbonne Nouvelle : 26 000 m2, deux-cent structures occupantes incluant des artistes, des artisans, des associations...
C’est un projet foisonnant, avec une programmation culturelle très riche et plusieurs événements par semaine. Et préfigurant l’université de demain avec une cantine solidaire, une boutique Emmaüs Campus à destination des étudiants…
Avant Césure, j’ai fait la majeure partie de ma vie professionnelle à Montréal, au Québec, surtout sur des projets d’aménagement du territoire et de l’espace public, toujours avec l’objectif de créer du lien social.
J’ai travaillé pour la Soder, sur des écoquartiers : c’est un mandat municipal pour des projets citoyens, donnant l’opportunité aux habitants de créer, sur l’espace public, des lieux de vie et de rencontre. Cette première expérience au Québec, il y a neuf ans, m’a donné à voir ce que l’on pouvait créer grâce à des projets sociaux, mettant en lien des habitants, en leur permettant de concevoir un écosystème de vie résilient.
J’ai également porté un programme d’accompagnement qui s’appelait Vivace, à la Pépinière Espace Collectif : une mission d’animation des espaces de vie au sein des quartiers. Nous avons accompagné les habitants dans l’aménagement des espaces, comme une cour d’école par exemple, pour la rendre ouverte au quartier. Ou encore pour la création d’un jardin au sein d’un parc, avec une bergerie et des animations pédagogiques.
S. B. : Dans le communiqué annonçant votre arrivée, il est indiqué que votre première mission sera de “remobiliser” les équipes, ce qui induit… qu’il y a eu des soucis ces derniers mois. Que s’est-il passé pour que ce projet patine ?
L. C. : Je sens une équipe qui a été très résiliente, très engagée pour le projet ; mais qui a aussi pâti d’un manque de direction, tout simplement, ces derniers mois. Cette équipe a beaucoup travaillé, peut-être dans un contexte où il n’y avait pas de vision portée par une direction — même si elle était alors portée par le conseil d’administration —, alors qu’il s’agit d’un rouage indispensable. Je ne parlerais pas forcément d’une remobilisation, mais de leur apporter un cadre, une vision, une structure.
S. B. : Est-ce que les pouvoirs publics et en particulier la mairie de Villeurbanne soutiennent suffisamment le projet La Rayonne ? La Région a également supprimé ses subventions en 2021…
L. C. : Lors de mes premiers jours de prise de poste, indubitablement, j’ai été en lien immédiat avec les équipes de la Ville de Villeurbanne. Nous avons eu un soutien solide, et pas seulement financier. L’acteur Ville, déterminant, est un partenaire privilégié et a toujours été partie prenante de ce projet. C’est dans ce sens que j’ai travaillé.
Concernant les autres opportunités de collaboration avec les pouvoirs publics : c’est un chantier qui s’ouvre devant moi.
S. B. : Est-ce que l’identité artistique de la salle de concerts sera également de votre ressort et comment comptez-vous la développer ?
L. C. : C’est effectivement dans mon rôle de direction : donner un cap et une vision pour le projet dans sa globalité. Par contre, nous avons une personne chargée de la programmation (Bérengère Allégret ndlr), qui travaille en direct avec les producteurs. La salle de concerts s’inscrit dans la vision portée par le CCO : un lieu ouvert et inclusif. Donc, la programmation ira dans ce sens. Mais ce n’est pas mon rôle de choisir tel ou tel artiste.
S. B. : Les open-airs durant l'été seront-ils reconduits ?
L. C. : Oui, tout à fait. L’équipe travaille sur ce sujet, pour imaginer comment les open-airs peuvent être un lieu de rencontres entre les équipes, le milieu musical et les habitants du quartier. C'est une belle opportunité. C’était effectivement un temps fort de La Rayonne et nous travaillons là-dessus pour les prochaines années.
S. B. : L’autorisation de nuit de La Rayonne a été supprimée récemment par la mairie, entraînant un nouveau problème financier. Allez-vous la solliciter de nouveau ?
L. C. : Nous allons travailler notre relation avec les habitants à proximité, nous avons conscience des retours de nuisances qui nous ont été faits. Nous avons un travail de médiation en cours avec eux, pour les entendre. Nous travaillons en bonne intelligence avec la Ville pour voir ce que nous pouvons améliorer. Nous sommes très résilients et nous faisons preuve de créativité pour construire notre modèle économique. Pour la suite, je ne me prononcerai pas, je suis au début de ma prise de poste : je suis encore en train de travailler sur notre stratégie et nos propositions.
S. B. : Allez-vous continuer d’accueillir le Lyon Antifa Fest, dont l’organisation entraîne différents tourments pour le CCO ?
L. C. : Nous avons toujours accueilli ce festival et nous avons en décembre publié un communiqué qui affichait fièrement que nous allions continuer à faire culture librement. C’est dans cette ligne que je m’inscris pour les prochaines années.
Propos recueillis par Sébastien Broquet