Mathilde Favier et Colin Diederichs : “C’est la reconnaissance de quinze ans de travail pour faire émerger un lieu dédié aux arts du cirque”

Mathilde Favier et Colin Diederichs : “C’est la reconnaissance de quinze ans de travail pour faire émerger un lieu dédié aux arts du cirque”

Alors que Rachida Dati a annoncé que la Cité internationale des arts du cirque qui devrait voir le jour en 2028 à Vénissieux, serait désormais labellisée Pôle national, nous avons conversé avec Mathilde Favier, coordinatrice générale de la compagnie MPTA de Mathurin Bolze, et Colin Diederichs, l'administrateur de cette même compagnie qui porte, en compagnie de l’École de Cirque de Lyon et du festival UtoPistes, ce projet d’envergure.

Sébastien Broquet : Le ministère de la Culture vous a labellisé Pôle national du cirque en octobre dernier. Qu’est-ce que cela change concrètement pour vous et que représente ce label ?

Mathilde Favier : Ce label, c’est la reconnaissance de quinze ans de travail à l’échelle locale pour faire émerger un lieu dédié aux arts du cirque. Un endroit où les artistes comme les amateurs puissent venir pratiquer dans de très bonnes conditions, créer des spectacles dans des locaux adaptés et se former. Ce label vient reconnaître la qualité du travail mené jusqu’à présent pour préfigurer ces activités de lieu-filière, même si nous n’avons pas encore les locaux. Il vient nous conforter et affirmer le besoin d’un tel lieu. Il nous introduit dans le cercle, aux-côtés des autres pôles cirque : maintenant, nous sommes quinze au niveau national. Chacun est un maillon de la chaîne de production et d’accompagnement des artistes en création et en diffusion. Ce label nous introduit dans le paysage des lieux qui comptent pour soutenir la dynamique nationale du cirque.

S.B. : Où en est le projet de cité internationale des arts du cirque à Vénissieux, qui doit ouvrir en 2028 ? 

M. F. : Le nom complet, c’est UtoPistes - Cité internationale des arts du cirque. Nous avons décidé de caractériser cette cité, parce qu’il y en a d’autres en France. Le festival UtoPistes est porté depuis 2011 par la compagnie MPTA, c’est un événement très visible et plus connu du public, nous nous sommes dit que c’était un nom à conserver pour identifier le lieu.

Colin Diederichs : Celui-ci doit ouvrir en 2028. Le jury qui va choisir l’architecte qui réalisera les travaux et concevra le projet se réunira le 6 février.

M. F. : C’est la Métropole de Lyon qui pilote toute la maîtrise d’ouvrage et conduit le projet. Ce sont eux qui dictent le calendrier et le processus de choix de l’architecte. Nous, nous sommes associés au niveau de la maîtrise d’usage : nous pouvons donner notre avis sur nos besoins techniques.

C. D. : Nous sommes étroitement associés pour que le lieu corresponde aux nécessités des arts du cirque, ce qui est très important.

S.B : Son financement est-il assuré ? On parle de 15 millions d’euros pour les travaux, mais les participations des collectivités ne sont pas encore connues. Celle de la Région, par exemple, est-elle envisagée ?

C. D. : Le budget pour l’investissement est de 14 millions d’euros hors taxes, il est porté par la DRAC et la Métropole de manière équivalente. La Région n’est jamais venue dessus. Elle était initialement intéressée, mais c’était il y a très longtemps. Cette collectivité n’a jamais montré par la suite une envie de s’engager sur ce projet. Côté fonctionnement, le pôle national cirque existe déjà. Nous sommes en activité, nous n’avons pas attendu 2028 et la livraison des bâtiments. L’idée était de commencer à développer des actions pour que quand le lieu arrive, nous lui donnions d’emblée sa pleine puissance. Nous sommes en train de mailler le territoire, de travailler avec des institutions comme le Conservatoire à rayonnement régional, les Célestins, les Nuits de Fourvière.

Tout ce que l’on sait faire, nous le déployons dans toutes les villes de la métropole. Notre projet est atypique : nous le montons en partenariat et sous convention avec l’éducation nationale, pour faire des interventions en milieu scolaire sur le long terme.

M. F. : Cette activité hors-les-murs se structure dans le cadre d’une convention pluriannuelle d’objectifs avec la Métropole de Lyon, l’État, la Ville de Lyon et la Ville de Vénissieux, qui s’engagent à ce que l’on puisse développer notre activité avant d’entrer dans les murs. Ce sont nos territoires d’intervention majoritaires. L’Apciac est la structure qui porte juridiquement la préfiguration et qui réunit les forces, entre autres, de la compagnie MPTA et de l’école de cirque de Lyon, qui sont à l’initiative du projet. Nous construisons progressivement les différents pôles d’activités de cette future cité internationale des arts du cirque en faisant coopérer et en intégrant les forces vives des différentes structures.

C. D. : L’idée, c’est d’aboutir à un lieu-filière important, avec de la pratique amateure, de la formation préparatoire aux grandes écoles - nous n’aurons pas d’école supérieure, il y en a trois en France et c’est largement suffisant -, un lieu d'entraînement pour les artistes, un lieu de création et des cellules de production et de diffusion. Et de la programmation artistique.

S.B. : Comment va se construire cette programmation ouverte au public ?

M. F. : Pour l’instant, nous travaillons avec d’autres lieux culturels, avec lesquels nous programmons essentiellement sur le temps du festival UtoPistes - qui est biennal et aura donc lieu en 2027. Et autour de la Nuit du Cirque, un événement national. Nous n’excluons pas, quand nous aurons le lieu, de pouvoir ajouter d’autres moments de programmation, mais l’idée n’est pas de fonctionner comme un théâtre : nous n’aurons pas une saison de spectacles. Nous travaillerons autour de temps forts, pour mettre en avant ce que l’on produira, ce qui se passera au sein de ce lieu-filière.

S.B. : À Parilly, près de cette future cité, Nuits de Fourvière a déjà installé des chapiteaux, dont ceux du Cirque Plume : une opportunité à développer en commun ?

M. F. : Nuits de Fourvière est un partenaire régulier d’UtoPistes, nous nous voyons avant chaque édition pour échanger sur nos projets. Ce qui nous intéresse beaucoup, c’est la question de l’accueil des spectacles sous chapiteau : c’est un sujet que l’on porte ensemble, car ils continuent à en programmer, notamment à Lacroix-Laval. Nous avons un enjeu commun, celui de faire en sorte que le public continue à aller voir du spectacle de cirque contemporain sous chapiteau, car il y a une véritable création en France et c’est pourtant de plus en plus difficile de les accueillir. Il faut trouver des espaces, coopérer. Le chapiteau, c’est toujours aussi magique !

Propos recueillis par Sébastien Broquet

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