Inspirée du roman éponyme de Marlen Haushofer, cette série d’œuvres inédites explore l’expérience de l’isolement, non comme une clôture définitive, mais comme un espace paradoxal de retrait et de liberté retrouvée.
Lauréate 2026 de la Résidence Bullukian–Fontevraud, Sarah Jérôme a travaillé plusieurs mois en immersion à l’Abbaye royale de Fontevraud, lieu chargé d’histoire où le silence semble toujours habité. De cette résidence est né un corpus pictural dense, traversé par une lumière ambiguë, à la fois crue et enveloppante. Peintes à l’huile sur papier calque, ses figures émergent par effacement, comme si l’image se construisait à partir du manque. Le mur n’est jamais représenté frontalement : il agit, invisible, dans les corps, les paysages, les gestes suspendus.
Ancienne danseuse formée au Conservatoire national supérieur de danse de Paris, puis passée par l’Opéra de Lyon avant les Beaux-Arts, Sarah Jérôme n’a jamais cessé de penser la peinture comme une expérience physique. Chez elle, la matière est travaillée, grattée, poncée, jusqu’à devenir presque organique.
Ombres portées, halos lumineux, rémanences : la lumière sculpte les émotions et donne aux scènes une densité dramatique saisissante. La nature n’y est pas décorative mais active, force de transformation et d’émancipation.
Le visiteur est invité à traverser l’exposition comme on traverse un paysage intérieur, attentif aux silences, aux respirations, aux zones d’incertitude. Rien n’est spectaculaire, tout est tension retenue.
À travers Le Mur invisible, l’artiste ne cherche ni l’illustration ni la démonstration. "Mes œuvres sont conçues pour être des fenêtres ouvertes sur un monde où l’imaginaire et le réel se rencontrent, où les frontières entre le tangible et l’intangible se dissolvent. Chaque geste, chaque couleur, chaque composition suggèrent une émotion, une histoire", dit-elle.
Derrière les murs, il y a effectivement la lueur d'un nouveau jour et d'une infinité de rencontres possibles.
Infos
Jusqu'au 27 juin.
Fondation Bullukian, Lyon 2.
Gratuit.