Ici, les corps débordent, dégoulinent parfois des murs, dansent ailleurs dans le hall, et fixent le visiteur avec une frontalité assumée. Inspirées des girls bands, de la publicité et de la culture populaire, ces silhouettes jouent avec les postures de la séduction pour mieux les retourner contre leurs propres codes.
L’univers d’Hélène Hulak repose sur une ambiguïté féconde : familier et monstrueux, ludique et agressif, ironique et profondément politique. Les couleurs saturées, presque violentes, participent de cette stratégie d’attaque : impossible de rester à distance, l’œil est happé, mis au défi.
Point d’orgue de l’exposition, une fresque murale monumentale, réalisée spécialement pour le lieu, transforme la salle en un cinéma mental. Les images se succèdent comme des flashs subliminaux, convoquant autant l’imaginaire de la publicité que celui du fantastique. La figure de la sorcière, chère à l’artiste, surgit comme contre-modèle : caricaturale, déformée, elle permet de fissurer le regard masculin dominant et de réinventer des corps libérés de leurs canons oppressifs.
Hulak investit également des techniques longtemps reléguées au rang d’arts "féminins" (couture, tricot) qu’elle fait proliférer dans le hall et la mezzanine comme des toiles d’araignée contemporaines. Ces matières, loin d’adoucir le propos, renforcent au contraire sa charge critique : le décor devient piège, le regard se heurte à une puissance corporelle réappropriée, débarrassée des vieux récits du désir.
Plus qu’une exposition, cette proposition s’inscrit dans l’événement CRÉATRICES !, célébrant la vitalité de la création féminine contemporaine. Une traversée réjouissante et corrosive, où l’humour grinçant sert de cheval de Troie à une remise en cause radicale des images qui façonnent encore nos imaginaires.
Infos
Du 6 mars au 2 avril.
Polaris, Corbas. Gratuit.