Avec Encore lui !
, le MAC dresse un portrait agité de Jean-Claude Guillaumon

Avec Encore lui !
, le MAC dresse un portrait agité de Jean-Claude Guillaumon

Au musée d’Art contemporain de Lyon, une silhouette barbu­e surgit partout. Sur les murs, dans la rue, face caméra, de profil ou déguisée en peintre héroïque : c’est toujours le même homme. Encore lui ! Première rétrospective consacrée à Jean-Claude Guillaumon, l’exposition rend justice à une figure aussi centrale que longtemps marginale de la scène lyonnaise.

Découvertes du happening et de l’art environnemental à la Biennale de Venise en 1964, affinités avec Fluxus, collaborations avec Ben ou George Brecht : très tôt, Jean-Claude Guillaumon refuse la carrière sage. Il préfère l’action éphémère, l’intervention dans l’espace public, le geste bricolé. Dans les années 1970, il délaisse peu à peu la performance pour la photographie noir et blanc, mettant en scène son propre corps dans des compositions burlesques et lucides.

Bien avant l’ère du selfie, il fait de son image un laboratoire critique, jouant tous les rôles (artiste, mari, père, citoyen) avec humour et autodérision.

Le parcours chronologique, riche d’une centaine de photographies, vidéos et dessins souvent peu montrés, révèle une œuvre modeste dans ses moyens mais ambitieuse dans ses questions. Amour, ego, peur, jeu, contestation : Guillaumon retourne les grands mythes de l’histoire de l’art comme les tics du quotidien, multipliant jeux de mots visuels et clins d’œil savants. Toujours lui, partout, jusqu’à l’épuisement volontaire du motif. Manière de rappeler que l’art n’est jamais séparé de celui qui le fait, ni de ceux qui le regardent.

Mais Encore lui ! raconte aussi une histoire collective. Celle d’un homme engagé dans la structuration de l’art contemporain à Lyon : organisateur du festival Non-Art en 1969, fondateur de la Maison des Expositions à Genas, créateur et directeur du Centre d’arts plastiques de Saint-Fons pendant plus de vingt ans. Pédagogue infatigable, Jean-Claude Guillaumon a transmis autant qu’il a produit, défendant une création libre, accessible, vivante.

Cette rétrospective n’est donc pas qu’un hommage posthume : c’est le portrait d’un agitateur discret, dont l’ombre continue de hanter et d’animer l’écosystème artistique lyonnais.
 
Infos
Du 6 mars au 12 juillet 2026
Musée d'Art contemporain, Lyon 6. De 0 à 9 €.

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