Francis Richert : "À Changez d’Air, nous entendons les oiseaux chanter, ça change la donne"

Francis Richert : "À Changez d’Air, nous entendons les oiseaux chanter, ça change la donne"

À Saint-Genis-les-Ollières, chaque printemps, revient en compagnie des bourgeons le festival Changez d’Air, consacré en grande partie aux jeunes pousses francophones, toujours bien entourées — par Dick Annegarn, cette année. Parlons-en avec son directeur, Francis Richert.

Sébastien Broquet : Changez d’Air existe depuis 2001 mais n’est pas le festival le plus connu de la région lyonnaise. Pourriez-vous nous en conter l’histoire ?

Francis Richert : J’ai créé ce festival en 2001 avec Yannick Roche, qui est toujours de la partie. Nous travaillions tous les deux sur la commune de Saint-Genis-les-Ollières et les élus, à l’époque, nous ont demandé de créer un événement. Nous l’avons fait en amateurs au début.

Pour la deuxième édition, nous avons programmé Sanseverino qui, à l’époque, était en plein buzz : ça a vraiment conforté les élus dans l’idée que ce festival pouvait fonctionner… parce qu’il est passé à la télévision. Ensuite, j’ai développé une programmation plutôt chanson française, parce que je pense que le territoire demandait ça : des parents, des gens qui avaient entre trente et cinquante ans. Il fallait coller aux attentes, et ça s’est plutôt bien passé.

Nous avons programmé Brigitte, Renan Luce… L’idée reste d’aller chercher des artistes en plein buzz, avant qu’ils ne soient trop chers. Ça fait 26 ans que je fais ça, donc j’ai les codes, je sais comment ça fonctionne et je scrute avec attention l’actualité que les tourneurs m’envoient. Je vais aussi au Printemps de Bourges, aux Francofolies de La Rochelle, aux Transmusicales… J’ai été tourneur, j’étais président d’AFX Booking : ça aussi, ça m’a permis d’avoir une meilleure compréhension de ce métier.

Côté élus, ça va être notre quatrième maire. Ils nous ont toujours fait confiance. Le festival s’est étendu sur le territoire, avec deux autres communes qui se sont ajoutées : d’abord Craponne, depuis dix ans, puis Francheville, depuis cinq ans.

Nous sommes positionnés sur la “nouvelle scène française”, et en général c’est francophone, même si nous avons aussi programmé Rover par exemple. Depuis 2019, nous travaillons aussi à l’international et nous développons des échanges avec des Canadiens francophones.

Nous avons vraiment envie de construire une petite bulle. Un truc tout bête : nous entendons les oiseaux chanter à 18h, ça change quand même la donne.

S. B. : La prochaine édition se déroulera du 26 au 30 mai, avec quelques belles propositions comme Dick Annegarn, Orange Blossom et David Walters. Comment faites-vous vos choix de programmation ?

F. R. : Je m’attache beaucoup à l’écriture musicale. J’aime bien aussi le travail sur le son, mais l’écriture me parle vraiment, autant dans la composition que dans les textes. La particularité de cette année, c’est que pour la dernière soirée, j’avais envie de faire un truc dansant, festif. Avec David Walters : il y avait une actualité, un album sort et ça faisait longtemps que nous voulions cet artiste. Cela fait plusieurs années que j’essaie de le faire venir. Là, le timing était le bon.

Les deux artistes que vous avez cité, Dick Annegarn et Orange Blossom, évidemment ni l’un ni l’autre ne sont tous jeunes… Donc ça vient un peu bousculer ce que j’ai dit en amont, en parlant de “nouvelle scène”. Mais Dick Annegarn, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas eu d’actualité : j’avais envie de faire un clin d’œil en présentant ce “petit jeune” qui redémarre. Le programmer sur un festival de découvertes, je trouvais ça amusant. Orange Blossom, ça fait vingt ans qu’ils existent ; et en effet, ils ne tournent pas beaucoup à Lyon…

S. B. : Historiquement, une large place est accordée à la jeune scène lyonnaise émergente : Pomme et Buridane sont passées chez vous à leurs débuts. Un choix lié à votre activité au Labo du Conservatoire ?

F. R. : C’est exactement ça. Mon métier, c’est vraiment de faire de l’accompagnement d’artistes émergents. Ojos, par exemple, qui sont programmés cette année, sont des Lyonnais. Je suis allé les voir au Radiant-Bellevue l’année dernière, j’ai trouvé ça vraiment bien.

Aller chercher des artistes locaux, ça fait partie de la mission des programmateurs et programmatrices de la région. Nous devons pouvoir le faire, même si la difficulté, aujourd’hui, est de pouvoir imposer des premières parties — souvent, les producteurs de spectacles demandent désormais à les valider. C’est vraiment important : nous sommes des plateformes, même si, comme vous le dites, Changez d’Air n’est pas le festival le plus connu de la région. Sur leur kit promo, quand ces artistes indiquent qu’ils sont passés sur notre scène, ça peut donner confiance à d’autres programmatrices et programmateurs.

J’essaie toujours de faire un suivi avec les artistes que nous accueillons à Changez d’Air, par le biais de mes activités avec le Printemps de Bourges et les Francofolies : j’essaie d’en parler pour continuer à appuyer un peu leur émergence.

S. B. : Comment voyez-vous la scène musicale lyonnaise aujourd’hui ?

F. R. : Celle qui émerge aujourd’hui est déjà un petit peu… passée. Je m’explique : en ce moment, nous voyons beaucoup de chanteurs et de chanteuses qui s’accompagnent avec des samples, des ordinateurs. Mais moi, qui travaille au Labo du Conservatoire, je sens que nous entrons dans une nouvelle période, avec le retour des guitares, des basses et des batteries. J’ai la sensation que ça revient.

Nous sommes en train de repasser le cap des instruments, mais ce n’est pas du tout une critique du travail avec des samples : c’est une question de vagues. Il y a des périodes où nous avons beaucoup de folk, d’autres avec de la chanson électronique, ou bien du rock.

C’est fou comme c’est foisonnant : il y a plein de nouveaux artistes qui arrivent. Après, ceux qui vont tirer leur épingle du jeu ne sont pas si nombreux. Il faut vraiment s’appuyer sur le réseau, qui est assez fort à Lyon : les salles, petits lieux et les acteurs qui ont tous envie de travailler sur l’émergence. Il y a de plus en plus de dispositifs d’accompagnement, ce qui en dit long sur ce qu’il se passe dans notre région.

S. B. : Quel est le budget de Changez d’Air et comment est financé le festival ?

F. R. : Le festival est intégralement financé par les trois communes, mais principalement par celle de Saint-Genis-les-Ollières, où il y a trois soirées. Cette commune nous a toujours suivis et je ne pense pas que ça va s’arrêter. Les deux autres communes se sont ajoutées ensuite et participent chacune à hauteur d’un quart du budget, lequel se situe entre 120 000 euros et 150 000 euros. Nos sponsors apportent environ 8 000 euros par édition, ce qui n’est pas négligeable. La Région nous aide aussi chaque année.

S. B. : Est-ce compliqué de faire tenir un festival comme celui-ci aujourd’hui ?

F. R. : Oui, c’est de plus en plus difficile pour plusieurs raisons. La première, c’est l’inflation. La seconde difficulté, c’est la multiplication des acteurs. Il y a de plus en plus d’organisateurs de spectacles à Lyon, de plus en plus de salles. Ce qui fait que nous nous retrouvons souvent… pas en concurrence, mais… Il faut que nous nous appelions souvent les uns les autres. Moi, ça m’arrive régulièrement d’appeler Totaal Rez, le Marché Gare ou le Radiant-Bellevue. Autre difficulté : le festival n’est pas intra-muros, et souvent les producteurs de spectacles préfèrent faire venir leurs artistes dans une salle à Lyon.

Propos recueillis par Sébastien Broquet

Changez d’Air
À Saint-Genis-les-Ollières, du 26 au 30 mai

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