Le 16 avril, au Bœuf d’Argent, il faudra être de ceux-là : les heureux, les curieux, les légèrement snobs, les sincèrement gourmands, ceux qui savent qu’une belle soirée commence souvent par une réservation au restaurant.
Sur le papier, c’est un dîner à quatre mains entre Viviana Pisacane et Matteo Pioppi. Dans la vraie vie, c’est beaucoup mieux. C’est la rencontre avec une cheffe qui monte, et cette petite électricité mondaine qu’on adore faire semblant de mépriser avant de s’y précipiter.
Car il faut bien l’admettre : Viviana Pisacane est en train de devenir plus qu’un joli nom. Elle devient une évidence. Elle régale déjà les téléspectateurs de Top Chef, semaine après semaine, avec cette grâce très rare qui consiste à exister sans en faire des tonnes. Dans un paysage où tant de gens confondent talent et volume sonore, elle fait le choix le plus chic : rester ce qu’elle est, naturelle, et laisser parler l’assiette. Comme une évidence, cela lui réussit.
Il y a chez elle quelque chose de solaire, avec une pointe de sel, d’Italie sans caricature méditerranéenne. Une façon de cuisiner qui transforme le talent culinaire en langue maternelle. On la voit monter en puissance dans l’émission comme montent les belles choses : sans brutalité, sans effet de manche, avec cette assurance tranquille des gens qui savent très bien où ils vont, même quand ils ont l’air d’improviser.
Et c’est exactement pour cela que ce dîner à quatre mains du 16 avril va compter.

Parce qu’au fond, les amateurs de gastronomie ne cherchent pas seulement à bien manger. Ils cherchent à sentir le moment où une trajectoire prend. Le moment où un talent passe du statut de promesse à celui de signature. Le moment où l’on pourra, plus tard, au dessert ou en terrasse, lancer d’un air faussement détaché : "Oui, bien sûr, j’avais découvert Viviana à l’époque du Bœuf d’Argent".
Le menu, lui, a déjà des accents de tentation bien élevée.
Focaccia artisanale, burrata crémeuse, anchois affinés… on a déjà envie d’annuler ses obligations morales. Puis arrive la "bouche iodée", comme une mise en appétit pour les gens qui aiment la mer mais préfèrent les nappes blanches aux cirés jaunes. Ensuite : poireau fondant, huîtres et estragon. Le genre d’accord qui prouve qu’on peut être végétal, marin et sensuel dans la même phrase.
Les raviolis à l’anguille, dans un bouillon clair délicatement infusé, annoncent une séquence plus subtile, plus enveloppante, presque sentimentale. Puis vient le maquereau farci à la scamorza fumée, avec herbes fraîches, olives noires, câpres et cédrat : autrement dit, un plat qui a compris qu’un dîner réussi doit aussi savoir réveiller la conversation. Le carré d’agneau rôti, accompagné de sa vignarola et d’une épaule en ballotine, promet cette générosité noble que l’on attend d’une grande table : du fond, du goût, du relief, et ce qu’il faut de panache pour éviter la démonstration scolaire.
Et puis il y aura la douceur, parce que toute grande soirée se termine sur une note déraisonnable : pré-dessert, puis ricotta et poire, classique italien revisité. Le genre de final qui donne envie d’être plus amoureux, plus cultivé, ou au moins mieux habillé.
Le 16 avril, au Bœuf d’Argent, il ne s’agira donc pas seulement de dîner pour 160 euros par personne. Il s’agira de passer une soirée à l’endroit précis où quelque chose s’écrit. Une rencontre, une ascension, un éclat. Avec Matteo Pioppi pour partenaire de jeu, et notre candidate lyonnaise de cette saison de Top Chef, Viviana Pisacane, au centre du tableau, Lyon s’offre un de ces rendez-vous dont elle a le secret : gastronome, chic, joyeux, légèrement mondain, parfaitement assumé.
Bref, une excellente raison de sortir. Et, pour une fois, de ne pas le regretter.
Andiamo, Viviana.
Joris Hadj