Avec sa tresse, son franc-parler et son célèbre bâton, la marionnette créée par Laurent Mourguet au début du XIXe siècle reste l’un des symboles les plus populaires de la ville. Mais derrière cette figure patrimoniale se cache un art toujours vivant, capable de parler aussi bien aux enfants qu’aux adultes, de mêler satire sociale, théâtre populaire et expérimentations contemporaines. Cet été, le nouveau Guignol (f)Estival entend justement montrer que Guignol n’appartient pas seulement au passé.
Du 19 juin au 29 août, Lyon, Brindas et Pélussin accueilleront une programmation commune consacrée à la marionnette à gaine sous toutes ses formes.
Spectacles, ateliers, rencontres, expositions, visites et balades urbaines composeront ce parcours estival largement gratuit imaginé par plusieurs acteurs majeurs de la scène marionnettique régionale : le MAM - Gadagne, le Théâtre Le Guignol de Lyon, le Musée Théâtre Guignol, La BatYsse ou encore l’association La Malle-Lyon.
Le point de départ du festival sera l’ouverture de La Virevolte, nouveau parcours permanent du musée des arts de la marionnette à Gadagne. L’exposition propose un regard renouvelé sur Guignol et sur la modernité de la gaine lyonnaise à travers marionnettes historiques, décors, archives et créations contemporaines issues des collections du musée et de grandes compagnies. Pendant le week-end inaugural des 20 et 21 juin, le musée ouvrira gratuitement ses portes et accueillera spectacles, performances et rencontres dans une ambiance festive.
Au programme : spectacles d’Erwan Meneret, des Lucarnes songeuses ou encore de Valentine Akaï, mais aussi les créations de la compagnie UEUEUE avec Oooh Teresina ! et Judy and Punch ! Les visiteurs pourront également échanger avec des artistes et passionnés comme Gérard Truchet, président de la Société des amis de Lyon et de Guignol. Une manière de rappeler que Guignol est autant une tradition populaire qu’un terrain de recherche artistique contemporain.
Tout au long de l’été, le jardin de Gadagne deviendra l’un des épicentres du festival grâce à une série de spectacles gratuits programmés dans le cadre de Tout l’monde dehors. On y retrouvera notamment Guignol magicien du Théâtre Guignol de la Croix-Rousse, destiné aux plus jeunes, mais aussi Ça tiregnol, proposition satirique du Théâtre Le Guignol de Lyon qui renoue avec la tradition contestataire du personnage.
Conçu et écrit en réaction à l’actualité immédiate, ce spectacle unique rappelle que Guignol fut longtemps une voix populaire irrévérencieuse, capable de se moquer du pouvoir et de commenter les tensions sociales de son époque.
Le festival permettra aussi de découvrir des formes plus expérimentales autour de la marionnette à gaine. La compagnie L’Ateuchus présentera une étape de création de Tempus fugit, inspirée de Polichinelle et des grands mythes populaires européens.
Plus tard dans l’été, Brice Coupey et la compagnie L’Alinéa proposeront deux spectacles sans paroles autour du sport et de la mythologie, démontrant combien la gaine peut raconter sans texte, uniquement par le geste et le rythme.
Enfin, la compagnie Anonima Teatro plongera le public dans un univers absurde proche des Monty Python avec Peels de Hut, où la quête de la foie.
Le Guignol (f)Estival débordera largement des frontières lyonnaises. À Pélussin, La BatYsse accueillera la 15e édition des Invité·es de La BatYsse, temps fort gratuit et familial consacré aux arts de la marionnette. Dans le parc de la Maison Gaston Baty, plusieurs spectacles se succéderont dans une ambiance champêtre : Last Dance on H.Eart.H, Santa Pulcinella, Plan B ou encore Plusmain. Ce rendez-vous rappelle combien la marionnette contemporaine peut aujourd’hui dialoguer avec le théâtre d’objet, la performance visuelle ou les arts plastiques.
À Brindas, le Musée Théâtre Guignol mettra en valeur l’héritage de Jean-Guy Mourguet, dernier descendant marionnettiste du créateur de Guignol. Visites guidées, ateliers de fabrication de marionnettes et découverte du castelet permettront aux familles d’approcher concrètement cet art populaire. Les enfants pourront notamment participer à l’atelier Apprenti marionnettiste ou fabriquer leur propre marionnette à gaine.
Le festival multipliera également les propositions de médiation : balades urbaines dans le Vieux Lyon sur les traces de Laurent Mourguet, ateliers autour des ombres et de la manipulation pour les tout-petits, stages d’initiation ou encore rencontres avec des compagnies. L’objectif est clair : montrer que la marionnette n’est pas un simple objet de musée mais un langage vivant, accessible et profondément collectif.
Car derrière le folklore et la nostalgie, Guignol reste un formidable outil de transmission. Deux siècles après sa naissance, il continue de parler de pouvoir, de débrouille, de satire et de résistance populaire.
Avec ce premier Guignol (f)Estival, Lyon et sa région rappellent ainsi qu’un personnage né dans les rues ouvrières peut encore aujourd’hui faire rire, réfléchir et inventer de nouvelles formes de théâtre.