Sébastien Broquet : Pouvez-vous d’abord nous présenter votre rôle et les lieux que vous avez sous votre responsabilité ?
Lydia Laurent : Je suis cheffe du service des musées à la Communauté d’agglomération de l’Ouest Rhodanien. Je gère le service qui s’occupe de La Manufacture du Haut-Beaujolais, du musée Barthélemy Thimonnier à Amplepuis ; ainsi que des Micro-Folies, qui sont des dispositifs de musées numériques. Nous avons une Micro-Folie à Tarare, à La Bobine — un tiers-lieu géré par la COR —, une autre à Lamure-sur-Azergues, et une ici, à La Manufacture.
S. B. : Pouvez-vous nous expliquer l’histoire et la vocation actuelle de La Manufacture du Haut-Beaujolais ?
L. L. : La Manufacture du Haut-Beaujolais est une ancienne manufacture de couvertures, qui a ouvert en 1880 et fermé en 1981. Dans le parcours, nous avons une partie qui raconte l’histoire du site, notamment celle de la famille Boizet, qui est à l’origine de la manufacture. Petit à petit, cette manufacture de couvertures est devenue un écomusée. Les locaux ont été mis à disposition de l’association Patrimoine Haut-Beaujolais, qui a utilisé les bâtiments pour stocker des objets collectés dans les usines, mais pas seulement. Nous avons aussi des objets liés à la religion, aux écoles, au monde paysan, à tout ce qui représentait la vie du territoire.
L’association a donc investi les lieux pour stocker tout cela. Il fallait de la place, parce que nous avons de très grosses machines. Elle a aussi beaucoup collecté au niveau des archives, avec un fonds désormais important. Puis, petit à petit, le lieu s’est professionnalisé, notamment lorsqu’il a été repris par la collectivité. Il y a eu plusieurs propriétaires : la commune, puis la communauté de communes du Pays d’Amplepuis-Thizy, puis de nouveau la commune de Thizy. Et, en 2016, la Communauté de l’Ouest Rhodanien a pris la compétence. C’est elle qui a mis en œuvre les travaux et qui gère aujourd’hui tout le fonctionnement : le personnel, les travaux d’entretien, etc.
S. B. : C’est donc devenu un musée, avec une collection permanente et une exposition temporaire.
L. L. : C’est cela. Nous avons ouvert en septembre 2025, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.
S. B. : Par qui et comment la Manufacture du Haut-Beaujolais est-elle financée ?
L. L. : Pour les travaux, l’opération a représenté 5 millions d’euros. Nous avons bénéficié de presque 50 % de subventions. Nous avons eu une aide importante du ministère de la Culture. La Fondation du patrimoine nous a aussi beaucoup aidé, comme le Département. La Région nous a aussi soutenus, notamment parce que nous avons des dispositifs numériques et qu’elle avait un appel à projets sur ce sujet.
S. B. : Et aujourd’hui, quel est son budget de fonctionnement ?
L. L. : Pour le fonctionnement, nous sommes vraiment sur notre première année. Cela n’a plus rien à voir avec le budget que nous avions précédemment, parce que nous avons recruté du personnel, parce que nous chauffons des espaces, etc. Aujourd’hui, nous sommes à peu près à 100 000 euros. C’est aussi une année test, qui va nous permettre de voir comment les choses se passent, si nous avons bien calibré les moyens. Nous ferons un bilan à la fin de l’année pour réadapter certaines choses si nécessaire.
S. B. : Un mot sur cette première exposition temporaire, qui bénéficie notamment de prêts du musée d’Orsay. Pouvez-vous nous expliquer comment elle a été conçue ?
L. L. : Pour vous donner le contexte, la thématique du travail fait partie intégrante de ce que nous présentons dans l’écomusée. Nous savions que nous voulions, à un moment donné, parler des femmes au travail, de la place de la femme dans la société. Nous n’avions pas forcément prévu de le faire dès la première année d’ouverture.
Et puis cela a été un concours de circonstances : notre conseiller DAC nous a appelés en nous disant que le musée d’Orsay renouvelait l’opération “100 œuvres qui racontent le travail”, et que cette édition allait traiter du travail des femmes. Nous nous sommes dit que nous étions obligés d’y aller.
J’ai aussi la chance d’avoir une équipe très investie, parce que nous avons monté cela un peu au dernier moment, avec peu de moyens. Nous avons demandé le prêt de sept œuvres, en sachant qu’il y avait beaucoup de musées candidats à cet appel à projets, donc forcément un tri. Finalement, nous avons obtenu trois œuvres, et nous étions vraiment très contentes. Nous sommes un musée tout neuf, et c’est quand même une marque de confiance. Au début, nous n’y croyions pas trop…
S. B. : Pouvez-vous nous présenter le musée Barthélemy Thimonnier ?
L. L. : Le musée Barthélemy Thimonnier possède une collection de cycles et la plus belle collection de France de machines à coudre. C’est un musée qui existe depuis les années 1980.
Actuellement, nous présentons une exposition temporaire, jusqu’à la fin du mois de juin, autour du voyage d’une illustratrice partie à vélo pendant un an avec son mari et son bébé.
S. B. : Vous avez commencé à évoquer les Micro-Folies. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
L. L. : Nous en avons trois : à Tarare, à Lamure-sur-Azergues et ici, à la Manufacture. C’est un partenariat avec La Villette, qui met à disposition des images d’œuvres issues de musées nationaux et internationaux. Il existe différents modes d’utilisation de la Micro-Folie.
Le premier, c’est le mode libre. C’est celui que nous avons installé ici pour les visiteurs du musée. Des œuvres sont diffusées sur un mur et relayées sur des tablettes individuelles : chaque visiteur a la sienne. Lorsqu’une œuvre l’interpelle sur le mur, il clique dessus sur sa tablette et obtient de nombreuses informations sur elle et sur l’artiste. Il y a aussi de petits modes de jeu, comme des puzzles pour les enfants, et la possibilité de zoomer.
L’idée, c’est que la collection défile indépendamment de la tablette, et que chaque visiteur fasse sa propre sélection d’œuvres, en regardant tranquillement celles qui l’intéressent.
Ce qui fonctionne aussi très bien, c’est l’accueil de groupes, notamment scolaires, mais pas seulement. Nous accueillons aussi des personnes âgées, des résidents d’EHPAD, des associations, des personnes en situation de handicap.
Pour les scolaires, cela se fait souvent autour de thématiques que les enseignants souhaitent aborder. Par exemple, s’ils travaillent en classe sur la Chine, notre médiatrice, Delphine, peut faire une sélection d’œuvres venant de ce pays, puis échanger avec les élèves à partir de ces œuvres. Nous proposons aussi ponctuellement des ateliers, qui peuvent porter sur de nombreuses thématiques, y compris des travaux manuels. Et nous avons également de la réalité virtuelle dans le cadre de ces ateliers. Là aussi, des films sont mis à disposition par Arte, via La Villette, sur des thèmes très variés, notamment l’art. Certains permettent, en 3D, d’entrer dans un tableau, avec beaucoup d’explications sur l’œuvre et sur l’artiste.
S. B. : Pour revenir à La Manufacture, quel public souhaitez-vous toucher ?
L. L. : Tout public, vraiment. Nous avons conçu le parcours pour cela : les enfants, les adultes, les familles. Dans l’exposition temporaire, il y a un parcours enfant réalisé par notre responsable du service des publics, vraiment dédié aux plus jeunes. L’exposition s’adresse aussi bien aux novices qu’aux personnes qui ont davantage l’habitude d’aller au musée.
Il y a également un double parcours dans le sens où l’exposition propose une initiation à l’histoire de l’art.
Dans le parcours permanent de l’écomusée, nous avons aussi des manipulations qui peuvent être utilisées par des adultes comme par des enfants, pour comprendre l’objectif d’une machine présentée dans l’exposition. Nous avons également des vidéos, sous forme de schémas ou de dessins animés, parce que le fonctionnement des machines textiles est très complexe. Nous avons donc essayé de simplifier, notamment pour les enfants. L’objectif, c’est vraiment d’accueillir tout le monde : enfants, adultes, familles.
S. B. : J’ai l’impression qu’en milieu rural, ces dernières années, les politiques culturelles évoluent vers des lieux plus ambitieux et pérennes, alors qu’elles étaient peut-être davantage tournées auparavant vers l’événementiel ou des temps plus courts. Est-ce quelque chose que vous ressentez aussi ?
L. L. : Je ne sais pas trop comment cela se passe dans les autres collectivités. Chez nous, nous avons déjà une programmation culturelle à l’échelle du territoire qui est très dynamique. Ici, l’idée était aussi d’avoir un lieu un peu spécifique, qui puisse être identifié comme culturel et touristique. Et cela fonctionne également en lien avec le lac des Sapins, puisque nous sommes à proximité. Il y a une complémentarité en termes de saisonnalité que nous pouvons développer.
Propos recueillis par Sébastien Broquet
Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques
Jusqu’au 20 décembre 2026
À la Manufacture du Haut-Beaujolais ; route des Couvertures ; Thizy-les-Bourgs
Renseignements : 04 74 64 06 48