Victor Bosch : “Je suis là pour que le Radiant demeure accessible à tout le monde”

Victor Bosch : “Je suis là pour que le Radiant demeure accessible à tout le monde”
DR Didier Michalet

Avec près de 230 levers de rideau annoncés pour la saison 2026-2027, le Radiant-Bellevue continue d’afficher une programmation aussi foisonnante qu’éclectique. À sa tête, Victor Bosch revendique sa ligne très ouverte et nous livre sa vision d’un métier qu’il exerce toujours avec la même insatiable curiosité.

Sébastien Broquet : Le Radiant accueillera autour de 230 levers de rideau la saison prochaine. Comment maintenir l’exigence artistique avec une programmation aussi foisonnante, tout en entretenant cet intérêt non démenti du public avec 98 % de taux de remplissage l’an dernier ?

Victor Bosch : Il faut être à l’écoute de la société dans laquelle tu vis. D’abord, il y a tout ce que tu défends, parce que tu as des convictions, heureusement, et que tu as envie de faire découvrir. Je dirais que cela représente 20 % de la programmation. Je n’appellerais pas cela une prise de risque, mais plutôt des découvertes, des choses que tu as envie de montrer.

En même temps, tu n’as pas envie de donner des leçons. Moi, je fais partie d’une génération où, à une époque, les programmateurs étaient plutôt dans le style : "Si tu n’aimes pas et si tu ne connais pas, ce n’est pas que je me suis trompé, c’est que toi, tu manques de connaissances." Il y avait un côté professoral. Cela a beaucoup changé. Aujourd’hui, les gens travaillent très bien, ils touchent très juste. Franchement, je trouve que cela s’est amélioré. Les programmateurs et les directeurs de salle sont d’une grande qualité, surtout à Lyon.

En ce qui concerne le Radiant, le spectre est très, très large, donc il faut vraiment faire une radiographie de la société dans laquelle tu vis. Tu regardes et tu te dis : "Là, franchement, je pense que cela correspond vraiment aux phénomènes du moment et qu’il faut à tout prix le programmer", à la fois pour répondre aux attentes du public et aux besoins des artistes qui défendent telle ou telle discipline. En gros, c’est cela : vivre avec son temps, sans avoir de complexes.

S. B. : Comment vous informez-vous aujourd’hui pour rester attentif à la société ? Continuez-vous à lire les médias ? Écoutez-vous des podcasts ? Je n’ai pas l’impression que vous soyez très présent sur les réseaux sociaux…

V. B. : Je ne suis pas du tout sur les réseaux sociaux. Déjà, je n’ai jamais été dans ce circuit-là. Je ne suis pas du tout contre : cela existe, cela a le droit d’exister et cela apporte autre chose. Mais, au lieu de t’informer, cela a malheureusement davantage tendance à brouiller ta boussole qu’à l’aligner, si je peux me permettre.

Sur un réseau social, tu vas lire quelqu’un qui a vu un spectacle à Avignon et qui le massacre. Deux jours après, tu croises quelqu’un que tu connais bien, qui connaît son métier et dont tu respectes vraiment le jugement, et cette personne te dit : "C’était génial !" Que tu le veuilles ou non, cette petite désinformation du départ t’a déjà fait douter. Pour un programmateur, je crois donc plutôt au circuit "normal" : ce que je vois moi-même et mes "espions". Nous avons tous un réseau.

Je m’appuie donc sur des gens directement liés à moi, puis sur des réseaux au sein desquels nous échangeons des informations dans un sens comme dans l’autre. Quand je vois quelque chose, des copains m’appellent aussi en me disant : "Il paraît que tu as vu cela ; je n’ai justement pas eu le temps d’y aller…" Avec toutes ces années de métier, j’ai heureusement un réseau très fourni. Sinon, il faudrait que je fasse un autre métier !

À tout cela s’ajoute la curiosité. Je suis très curieux. Dès que je lis un livre, un journal ou un magazine, que je vois quelque chose à la télévision ou un film, que j’écoute un disque ou que j’assiste à un concert, je m’entraîne en permanence : "Cela va marcher ; cela ne va pas marcher ; cela correspond à ceci ; cela va avoir un écho…" Tu te parles à toi-même. Tant que ta petite boussole intérieure te donne l’heure juste, tu te dis que tu vis avec ton époque. Je suis très sensible à cela.

Le jour où je constaterai que, chaque fois que j’ai fait un choix, il aurait fallu faire le contraire, je me dirai : "Là, il y a un problème." Pour le moment, c’est tout le contraire. Il faut rester curieux. Tant que nous entretenons ce sens-là, les résultats restent positifs.

S. B. : Côté musique, c’est un grand cru cette saison, avec Benjamin Biolay, Joe Jackson, qui vient de sortir un excellent album, Cat Power, ou encore Kyle Eastwood, le fils de Clint Eastwood et auteur de plusieurs bandes originales pour son père. Pouvez-vous nous présenter cette facette de la programmation ? Que recherchez-vous aujourd’hui dans les concerts ?

V. B. : Pour les concerts, comme tu le sais, tu ne peux pas faire venir un artiste sur commande simplement pour réaliser un coup. Cela coûte une blinde. Certaines années sont meilleures que d’autres mais, cette année, tu as raison : c’est un grand cru.

Il y a par exemple Joe Jackson. Qui ne se souvient pas de l’album “Night and Day” ? Ce garçon avait révolutionné les années 1980 et, depuis longtemps, on ne le voyait plus apparaître nulle part. Quand on me l’a proposé, j’ai sauté dessus. En plus, son nouvel album est super bon.

Kyle Eastwood, nous l’avons déjà invité une fois et c’était formidable. Au-delà de son talent fou, le garçon est charmant. C’est un vrai, quelqu’un d’authentique, et cela se ressent dans sa musique. Et puis Cat Power… Il y a des moments où les planètes s’alignent !

S. B. : On peut également citer Laurent Voulzy. Et Alan Stivell !

V. B. : Alan Stivell, c’est le seul que je sois véritablement allé chercher. Un jour, je ne sais plus comment, un copain m’a parlé de la période bretonne, avec ce formidable guitariste, Dan Ar Braz. Je lui ai dit : "Putain, tu viens de me donner une idée ! Il y a quelqu’un que je n’ai jamais invité et qui est tout de même un monument de la musique bretonne : Alan Stivell." Il m’a répondu qu’il avait un contact et qu’il allait nous mettre en relation.

J’en suis assez fier, parce que je suis allé le piocher et que j’étais ravi de l’inviter. Le reste s’est ensuite construit autour. Au départ, tu ne sais jamais combien d’artistes de qualité tu vas pouvoir accueillir. Puis tout s’est validé et, comme tu le dis, cela donne un super cru.

S. B. : Côté humour, l’engouement demeure-t-il aussi fort que ces dernières années ou sentez-vous un affaiblissement ?

V. B. : Pour être honnête, je sens un petit tassement. Cela marche toujours aussi fort et les artistes qui ont du talent l’ont toujours. Mais tous ces trentenaires qui ont porté cette vague ont maintenant plutôt 40 ou 45 ans. Cela fait dix ans.

Il y a toujours de nouveaux artistes comme Moguiz. Ce que fait ce garçon est magnifique. C’est un humour que j’aime, un ovni comme Paul Mirabel. Des talents comme ceux-là émergent encore, mais ils se comptent de plus en plus sur les doigts d’une main. C’est normal : quelque chose s’est installé.

J’ai toujours dit la même chose : s’il y a un domaine qui vieillit très vite, c’est l’humour, pour la simple raison qu’il est représentatif d’une société à un moment donné. Même les blagues de Coluche, aujourd’hui, tu les écoutes avec une certaine distance. Bien sûr, son talent est toujours là, mais certaines choses passeraient moins bien. Nous ne réagissons plus de la même façon.

Aujourd’hui, Coluche serait sans doute moins l’ovni qu’il a été à son époque, puisqu’il correspondait précisément à cette époque. Il est intéressant d’observer la manière dont le rire évolue, sans jamais juger les gens — je me l’interdis, en tout cas.

Tu regardes aujourd’hui certains films de Fernandel : Dieu sait que c’était un grand artiste, mais ils ne feraient plus rire grand monde, parce que c’est surjoué, parce que le registre a changé. À l’époque, les gens étaient morts de rire. Cela ne veut pas dire qu’il n’avait pas de talent, mais que cet humour était représentatif de son époque. Les œuvres qui traversent le temps sont rares, surtout dans l’humour. Je ne sais pas si tu partages cette vision…

S. B. : Je trouve qu’il y en a un qui vieillit très bien : Raymond Devos.

V. B. : Oui, oui ! Il y avait chez Raymond Devos une vraie modernité, presque de l’avant-gardisme. Il y en a un autre dont la longévité me surprend assez. Bien sûr, la forme a changé : aujourd’hui, il ne jouerait sans doute pas ses sketches de la même façon. C’est Fernand Raynaud. Certaines choses sont vachement bien écrites. Tu les regardes et tu te dis : "Merde, quand même, le mec arrive à rendre populaires des sujets qui n’étaient pas évidents." Je pense, par exemple, au sketch de l’étranger qui venait "manger le pain des Français" : quand il est parti, comme c’était le boulanger du village, il n’y avait plus de pain.

S. B. : Devos et Fernand Raynaud ont en commun un humour très textuel, très écrit, avec un véritable talent d’auteur.

V. B. : Ce n’est pas simplement la grimace et la vanne facile. Je suis d’accord. Il en va de même pour les films comiques : certains tiennent encore la route et d’autres pas du tout. Toute la période de “Mais où est donc passée la septième compagnie ?” ou du “Curé chez les nudistes”… Enfin, tu as compris. En revanche, quand tu regardes “Le Corniaud”, “La Grande Vadrouille” ou “La Folie des grandeurs”, les histoires sont encore assez bien ficelées. Ce que De Funès a fait avec Gérard Oury tient toujours. Le meilleur exemple demeure tout de même Charlot. Tu te rends compte du langage qu’avait ce garçon ? Tu le regardes toujours aujourd’hui et cela tient la route.

S. B. : Ce n’est pas pour rien qu’il était le cinéaste favori des surréalistes et d’André Breton.

V. B. : Tu m’étonnes ! Mon petit-fils va avoir cinq ans le 11 septembre — une date qu’on ne peut pas oublier. L’autre jour, sa grand-mère, ma femme, lui a montré un passage des “Temps modernes”. Il m’en parle tous les jours : "Tu as vu quand ils deviennent fous avec le truc ?" Cela l’a marqué. Pourtant, tu pourrais te dire que c’est fait pour les adultes. Mais, quand une œuvre est intelligente, il y a un double message : chacun peut y trouver quelque chose.

S. B. : Vous êtes probablement la seule personne en France à faire jouer sur la même scène Guillaume Meurice et Michel Leeb à quelques semaines d’intervalle, ce qui démontre tout de même une certaine agilité !

V. B. : Exactement, mon ami ! Cela montre parfaitement mon caractère. Michel Leeb, je le connais par cœur. Sa femme m’a appelé pour me dire qu’il préparait un spectacle intitulé “Ma vie en rires”, une sorte de radiographie de ce qu’il a fait, notamment en stand-up. À partir d’un certain âge, tout le monde propose une sorte de masterclass dans laquelle il raconte sa vie et sa carrière.

Je lui ai répondu : "C’est intéressant, car j’ai envie de savoir, en toute transparence, ce qui va ressortir de sa carrière." Il y a plein de choses qu’il ne peut sans doute plus se permettre aujourd’hui, sans que je veuille pour autant le juger. Elle m’a demandé pourquoi je disais cela. Je lui ai répondu : "J’ai du respect pour tout le monde et, quoi qu’il en soit, je le programme. Mets-toi à l’aise. Je pose simplement la question sur la table, parce que je suis curieux de voir le résumé qui sera fait."

C’est peut-être la raison pour laquelle je peux aussi programmer Guillaume Meurice. C’est important de présenter sur la même scène des écarts aussi grands, mais à condition que tout soit solide. Il y a des choses que je peux faire et d’autres que je ne peux pas faire. Il existe des artistes que je ne pourrais pas programmer. Je ne citerai pas leur nom parce que je n’ai pas envie de leur faire de peine, mais, même avec la meilleure volonté du monde, ce ne serait pas possible. Déjà, lorsqu’ils étaient au sommet de leur popularité, ce n’était pas ma tasse de thé, cela ne correspondait pas à ce que j’avais envie de défendre. Avec la distance, c’est encore pire.

Sans vouloir être arbitraire, j’essaie d’être ouvert à tout, mais tu ne peux pas perdre ta ligne éditoriale. Disons que, par cohérence éditoriale, tu ne peux pas faire “Le Curé chez les nudistes”, pour le dire simplement.

S. B. : Dans un secteur marqué par l’augmentation des coûts de production et du prix des billets, comment préserver l’exigence artistique tout en maintenant une salle accessible au plus grand nombre ?

V. B. : C’est le combat de tous les jours, le vrai combat — et la partie la moins intéressante de ce métier. Toute la journée, tu es obligé de jouer des coudes pour que le billet reste le plus accessible possible. Quand tu regardes une saison, tu vois donc une sorte de petites montagnes russes tarifaires, parce qu’il y a des productions pour lesquelles tu ne peux pas faire autrement : les coûts reviennent de plus en plus cher. Cela ne concerne d’ailleurs pas que nous. Même les institutions qui se donnent pour mot d’ordre de pratiquer les tarifs les plus bas possible ne peuvent pas toujours s’aligner. Tu le vois aussi bien à la Maison de la Danse qu’à l’Opéra. Tout le monde veut faire le moins cher possible, mais certaines productions ne le permettent tout simplement pas.

Quand tu travailles dans une salle pluridisciplinaire comme le Radiant, ce combat est quotidien. Par exemple, je me bats souvent contre les carrés or imposés sur certains spectacles. Je dis : "Chez nous, il n’y a pas de carré or. C’est tout." On me répond : "Ah bon ?" Oui. Nous négocions le cachet et les conditions dès le départ, en sachant qu’il n’y aura pas de carré or : c’est un prix unique pour tout le monde.

À partir de là, tu peux affiner les choses. C’est la politique que je veux mener. Je ne suis pas là pour satisfaire un seul type de public, mais tous les publics, et pour que le lieu demeure accessible à tout le monde, dans la mesure du possible bien sûr, car cela dépend aussi des productions invitées. Voilà : c’est un combat.

S. B. : Raphaëlle Rimsky-Korsakoff, au Toboggan, et Hugo Frison, à la Renaissance, me disaient récemment combien il devenait compliqué de programmer des spectacles réunissant beaucoup d’interprètes au plateau. Ils mettent un point d’honneur à en conserver un ou deux par saison, avec huit ou dix personnes sur scène, mais cela devient financièrement très difficile et beaucoup de salles y ont renoncé…

V. B. : Oui, tu trouves cela un peu à tous les niveaux. Dans le cinéma, c’est pareil : il est beaucoup plus facile de faire un huis clos qu’un film à grand spectacle, parce que le risque est moindre. Je comprends tout à fait ce qu’ils veulent dire, mais j’essaie tout de même de me battre pour continuer à accueillir des productions avec du monde sur scène, pour que cela bouge. 

Même pour l’humour, je bloque désormais beaucoup de propositions. D’accord, le stand-up remplit les salles, mais je n’ai pas envie de ne présenter que cela. À un moment, je dis : "Non, j’ai atteint mon quota." Une chose est de répondre à une demande et à une actualité ; une autre est de se dire : "Je ne vais pas passer toute une saison à programmer du stand-up." Je me bats beaucoup là-dessus.

S. B. : Quel est aujourd’hui le budget du Radiant et comment est-il financé ?

V. B. : Aujourd’hui, le Radiant réalise grosso modo cinq millions d’euros de chiffre d’affaires. Il reçoit une subvention de la Ville qui représente environ 10 % de ses ressources. 

S. B. : Le Radiant attire un public venu de toute la métropole, mais reste un équipement profondément implanté à Caluire-et-Cuire. Comment travaillez-vous son ancrage local et sa relation avec les habitants de la commune ?

V. B. : Je pense, en toute modestie, que nous faisons le plein auprès des habitants de Caluire. Je parle bien sûr des personnes qui ont envie de sortir et une vie sociale active. Le public caluirard représente grosso modo 30 % de notre fréquentation, ce qui est génial.

Le but, au départ, était que les habitants puissent se dire : "Cela se passe chez nous, pas ailleurs." Bien sûr, nous accueillons aussi des gens venus de l’extérieur : nous ne pourrions pas proposer une telle programmation en nous appuyant uniquement sur le nombre d’habitants de Caluire. Tout le défi était justement là.

Je ne voulais pas que le Radiant devienne seulement un centre culturel de proximité. Il en existe partout et ce n’est pas dans mon caractère de rester pépère avec une programmation qui n’aurait rien de déshonorant, mais qui serait uniquement destinée aux habitants de Caluire. Quand je suis arrivé, j’ai dit : "Les Caluirards vont être contents parce qu’ils n’auront plus besoin de traverser la ville ou d’aller dans le centre de Lyon : l’événement se passera chez eux."

Quand tu vis en périphérie d’une métropole — Paris, Lyon ou Marseille —, tu dois souvent te rendre dans le centre pour assister aux grands événements culturels. Là, les habitants peuvent se dire : "Ce sont les autres qui viennent chez nous." La Ville utilise d’ailleurs à juste titre le Radiant pour les nouveaux habitants. Il fait partie de la vie culturelle et des atouts de Caluire aujourd’hui. Nous en sommes très fiers, parce que tout cela s’est construit en commun.

S. B. : La Ville a également changé de maire, avec l’arrivée de Bastien Joint. Une inflexion ou des ajustements vous ont-ils été demandés, ou bien la ligne reste-t-elle la même ?

V. B. : Non, nous avons une collaboration parfaite. C’est un garçon très à l’écoute. Je ne peux pas me plaindre, pas plus que je ne pouvais me plaindre de l’ancien maire : c’est lui qui m’avait choisi. Il faut rendre à César ce qui est à César.

J’ai été le premier surpris par les événements, mais c’est la vie, c’est ainsi. Nous n’allons pas revenir dessus et ce n’est d’ailleurs pas le sujet. Lorsque Bastien Joint est arrivé, il s’est inscrit dans la continuité. C’est à peu près le même électorat, la même ligne : une suite logique.

S. B. : Parlez-nous de ce nouveau projet que vous avez lancé : la brasserie Nellcote, où vous souhaitez également proposer une programmation culturelle.

V. B. : C’est un projet que le maire, Bastien Joint, défend à juste titre, et j’en suis ravi. La mairie va faciliter juridiquement les choses pour que nous puissions accéder à ce lieu et obtenir le droit de construire. En revanche, elle n’a pas les moyens de participer à sa création. Dès le départ, le projet reposera donc sur des financements exclusivement privés.

Nous sommes en train de monter l’investissement. Cette semaine encore, j’ai une grosse réunion avec des investisseurs et des architectes. Nous avançons. C’est un projet qui me tient à cœur, parce qu’il prolonge cette volonté de créer des lieux de vie. Quand un véritable lieu de vie s’installe dans une ville comme Caluire, cela change tout : tout le reste commence à bourgeonner.

Je suis de la génération qui a connu ce qu’était autrefois la rue Mercière, avant que Jean-Paul Lacombe et Jean-Claude Caro ne viennent y créer leurs établissements. Au départ, il y avait un tout petit bouchon. À l’époque, c’était la rue des prostituées et des voyous, mal éclairée, avec des magasins fermés. Elle a ensuite presque détrôné le Vieux-Lyon en matière de fréquentation touristique.

Quand une locomotive s’installe quelque part, lorsque l’événement se passe là et pas ailleurs, tout peut s’enflammer. À l’époque, il y avait leurs établissements et un véritable pub anglais tenu par un certain John, copie exacte de ceux que l’on voyait à Londres : les fléchettes, la bière à la tireuse, tout l’univers britannique. Ce sont des choses qui manquaient alors. Dans ma génération, nous ne nous posions même pas la question : nous allions là-bas quand on voulait sortir.

J’aimerais qu’il se produise la même chose avec le Nellcote. Que, lorsqu’on prévoit de sortir, quelqu’un propose : "Et si on montait au Nellcote ? Le cadre est sympa, le lieu est agréable et accessible à toutes les bourses." J’y tiens vraiment. C’est ma politique depuis toujours.

Je veux créer un lieu ouvert à toutes les générations, aussi bien aux jeunes qu’aux moins jeunes, quelque chose de très transversal. Dans un seul et même endroit, toutes les générations peuvent se retrouver, à partir du moment où l’accueil est digne de ce nom et où les propositions restent à la portée de toutes les bourses. Si tu ne massacres pas les gens sur les prix, ils apprécient de se retrouver dans un beau cadre.

C’est la même philosophie que lorsque j’ai ouvert le Transbordeur. Tout le monde me disait : "Mais ce n’est pas rock, c’est trop grand ! Le rock, cela se vit dans une cave, en transpirant les uns contre les autres avec son perfecto." Je répondais que, si le rock s’était développé dans des caves à Liverpool avec les Beatles, ou si les clubs de jazz s’étaient installés dans des endroits pourris à Manhattan, c’était surtout parce que personne ne voulait leur louer autre chose et qu’ils n’avaient pas beaucoup d’argent. Économiquement, ils prenaient ce qui leur coûtait le moins cher.

Mais, à partir du moment où tu leur proposes autre chose, les gens préfèrent un certain confort, de beaux volumes, plutôt que de se marcher dessus et de transpirer comme des bœufs. La preuve : aujourd’hui, il est rare que tu fasses entrer le public dans une cave pourrie. Regarde le Trianon à Paris : c’est un ancien théâtre, et qu’est-ce que c’est beau !

Il existe bien sûr des bars à bière très simples, avec un comptoir en bois et de la bière bon marché. Je ne critique pas du tout : lorsque tu es jeune, tu veux surtout retrouver tes copains et boire deux ou trois bières sans te ruiner, et c’est très bien. Mais si tu proposes la même accessibilité dans un cadre beaucoup plus agréable, cela devrait fonctionner encore mieux.

Radiant-Bellevue


1, rue Jean-Moulin, 69300 Caluire-et-Cuire


Billetterie : 04 72 10 22 19 — [email protected]


Ouverte du mardi au vendredi, de 11 h 30 à 17 h, ainsi que 1 h 30 avant les représentations.


Accès : métro C, arrêt Cuire ; bus 33, 38 et S5, arrêt Caluire Hôtel de Ville–Radiant ; bus 9, 70, C1 et C2, arrêt Caluire–Place Foch.


Programme et réservations : radiant-bellevue.fr

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