Traboules : ce qui est vrai, et ce qui ne l'est pas

Traboules : ce qui est vrai, et ce qui ne l'est pas

Non, les traboules n'ont pas été construites pour transporter la soie à l'abri de la pluie à Lyon. Petit tri entre l'histoire documentée et les légendes tenaces d'un patrimoine lyonnais unique.

Lyon compte plus de quatre cents traboules, dont environ deux cents dans le seul Vieux Lyon. Ces passages traversant les immeubles, d'une rue à l'autre, sont probablement ce que la ville a de plus singulier à montrer. Ils sont aussi le sujet sur lequel circulent le plus d'affirmations fausses.

Commençons par le mot. L'explication la plus répandue le fait venir du latin trans-ambulare, "passer à travers" — une lecture proposée notamment par l'historien et archéologue Amable Audin. Elle a le mérite d'être limpide, mais les linguistes la contestent : phonétiquement, le latin ambulare ne peut pas donner "bouler" en français ni en francoprovençal.

Une autre hypothèse propose une formation à partir du préfixe tra-, de trans, et du verbe "bouler", sur le modèle de "débouler". Le débat n'est pas tranché.

Vient ensuite la légende principale, celle que tous les guides répètent : les traboules auraient été creusées pour permettre aux canuts de transporter les pièces de soie à l'abri de la pluie. C'est faux, et pour deux raisons indépendantes.

D'abord la chronologie : la soie n'est tissée à Lyon qu'à partir de 1536, après l'ordonnance royale de François Ier, alors que les premières traboules sont bien antérieures — les plus anciennes remonteraient au IVe siècle. Ensuite la topographie : toutes les traboules comportent une cour centrale à ciel ouvert. On s'y mouille exactement comme dans la rue.

Alors à quoi servaient-elles ? À l'essentiel : accéder à l'eau. Les traboules relient les rues hautes aux rues basses, donc aux puits et à la Saône, dans un tissu urbain d'une densité extrême où les parcelles sont étroites et profondes. C'est une réponse d'urbanisme, pas une réponse de météo.

Reste la Résistance, et là le récit tient mieux. Pendant l'Occupation, Lyon devient la capitale de la Résistance, et le réseau de passages offre un avantage tactique réel : se déplacer vite, disparaître d'une rue pour réapparaître dans une autre, semer une patrouille. L'usage est documenté ; ce qui relève du folklore, c'est l'idée que les traboules auraient été conçues pour cela.

Le saviez-vous ? La plupart des traboules sont des propriétés privées. Leur ouverture au public repose sur des conventions passées entre la Ville de Lyon et les copropriétaires, qui reçoivent en contrepartie une participation à l'entretien. Quand une traboule est fermée, ce n'est donc pas un caprice : c'est un accord qui n'a pas été renouvelé.

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