Sébastien Broquet : Comment est né l’Aqueduc Festival, cet événement apparu l’an dernier à Chaponost ?
Solenne Livolsi : Ce projet est porté par la Ville de Chaponost. C’est important car, de nos jours, les mairies qui s’engagent pour un festival, c’est rare. Nous avions cette volonté depuis 2018 de restaurer l’aqueduc romain du Gier, qui a bénéficié à l’époque de la première édition du loto du patrimoine porté par Stéphane Bern. Promesse avait été faite à ce dernier, en échange de l’injection de beaucoup d’argent dans la rénovation de ce patrimoine, qu’il soit transmis aux générations futures.
La municipalité a pris au pied de la lettre cette demande de Stéphane Bern et a réfléchi à un projet culturel permettant d’intéresser les jeunes générations à ce patrimoine. C’est comme ça qu’est née l’idée de faire un festival sous les arches de l’aqueduc.
Ensuite, il y a eu gestation et j’en remercie les élus de Chaponost : ils ont vraiment réfléchi, regardé différents modèles, sourcé d’autres festivals pour trouver une formule qui fonctionne en termes de concept, de structure, de financement. La première édition a eu lieu en juin 2025.
S.B. : Pouvez-vous nous parler de cet aqueduc qui est classé Monument historique ?
S. L. : Cet aqueduc est vraiment le prétexte au festival et fait partie de ses trois axes : le patrimoine, les musiques actuelles et le bien manger. Il a été construit à la demande de l’empereur Hadrien en l’an 1 après J.C. et il a donc 2000 ans. Il fait 86 kilomètres et prend son départ dans la Loire, à Saint-Chamond — il servait à acheminer l’eau jusqu’à Lugdunum.
C’est un ouvrage hydraulique extraordinaire. L’ouvrage a été construit de façon à ce que la déperdition soit très faible. Autre élément intéressant, le degré de la pente de l’aqueduc permettant à l’eau de rissoler : elle est conçue pour que l’eau coule lentement, ce qui permet de ne pas abîmer l’enduit de l’aqueduc et lui permet de durer dans le temps.
C’est un ouvrage qui traverse 26 communes et la plupart du temps il est souterrain, mais à Chaponost on a la chance d’avoir une partie aérienne avec 72 arches (sur 92 à l’origine), ce qui en fait l’un des tronçons les plus spectaculaires au monde — resté dans un état de conservation incroyable.
Ce monument romain est donc extraordinaire pour plusieurs raisons : sa longueur, son état de conservation, sa technologie innovante à l’époque. Et pour la qualité de son parement : les pierres qui constituent les murs de l’aqueduc forment un parement que l’on nomme réticulé, qui est très spécifique aux Romains — nous le retrouvons en Italie sur des maisons, mais pas pour des ouvrages utilitaires habituellement. L’usage de ce parement très beau — des losanges avec des intersections de briques rouges, qui donnent un rythme particulier — montre tout le soin apporté par les Romains à sa construction. C’est aussi une démonstration de puissance.
S. B. : Comment est financé l’Aqueduc Festival ?
S. L. : Sur l’édition de l’an dernier comme pour cette année, le budget est de 470 000 €. La participation de mécènes privés est élevée pour un festival de musiques actuelles, puisqu’elle se situe à plus de 45% du budget total. C’est la force de l’Aqueduc Festival : être sur un modèle économique innovant, qui fait la part belle au mécénat — nous avions 48 entreprises sur la première édition.
Ce sont essentiellement des entreprises situées sur le territoire de Chaponost ou des communes environnantes. Quand nous avons lancé la prospection, nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas d’intérêt à aller solliciter des grands groupes au niveau national : toutes ces entreprises ont structuré leur prospection mécénat sur différents sujets qui sont le social, l’humanitaire ou l’écologie. Et la culture n’en fait plus forcément partie.
Par contre, les entreprises de notre territoire — et à Chaponost, nous avons la chance d’avoir beaucoup de sièges d’entreprises qui sont installés —, nous leur avons parlé de ce que l’on fait pour les habitants, pour leurs salariés, nous leur avons montré que le festival allait rendre ce territoire dynamique et attractif.
S. B. : Mediatone intervient sur le festival : quelle est la mission de ce producteur de spectacles reconnu à Lyon ?
S. L. : Nous fonctionnons par appel d’offre, en tant que collectivité publique. Nous avons deux prestataires : BAAM Production, qui gère toute la coordination générale et l’aspect technique. Et Mediatone, sur le volet “accompagnement à la programmation musicale, communication et billetterie”.
S. B. : La programmation musicale est très familiale et de couleur groove. Quel est le public ciblé et quelle fréquentation visez-vous ?
S. L. : L’année dernière, nous avons reçu 4000 personnes sur les deux soirs. Cette année, nous sommes sur un objectif de 2500 personnes par soir. Nous n’avons pas de velléités à devenir un énorme festival, nous n’aurons jamais 20 000 personnes parce que le site ne le permet pas. Et nous sommes sur un site naturel, classé : nous nous devons d’être vigilants pour limiter l’impact. Énormément de critères environnementaux ont été déployés sur ce festival.
Par exemple, nous avons mis en place tout de suite une fontaine à eau : il n’y avait aucune bouteille en plastique sur le site l’an dernier. Des urinoirs féminins, des toilettes sèches, dont les copeaux ont servi pour faire le fumier de l’un des haras de Chaponost. Nous avons une station de panneaux photovoltaïques alimentant la petite scène, qui fonctionne avec de l’énergie propre.
Ce festival est une répercussion de ce que nous, en mairie, sommes capables de porter comme politique sur ces questions écologiques.
Pour la programmation food, nous travaillons avec la ferme maraîchère municipale : nous sommes la première commune du Rhône à en avoir une, elle est exploitée par deux maraîchers, qui sont des agents communaux. La production de légumes bio sert en partie à alimenter les cantines de nos écoles. Le festival répercute cette attention au bien manger et c’est pour cette raison que nous avons cette programmation food avec des chefs invités.
S. B. : Parlez-nous de cette programmation food ?
S. L. : Nous avons fait le choix pour l’ADN du festival d’être groove & food. Il fallait créer un nouvel objet, quelque chose de différenciant, car des festivals de musiques, il y en avait déjà beaucoup. Ce festival devait avoir sa propre identité : nous avons donc ajouté le bien manger.
Nous avons décidé de ne pas faire venir de foodtrucks, mais d’inviter des chefs qui tiennent des stands, avec des tarifs très accessibles. L’année dernière, le plat le plus cher était à 10 euros.
Cette année, plusieurs d’entre eux reviennent avec de nouvelles recettes : Jean-François Têtedoie, Jérémy Galvan, Grégory Cuilleron, Christian Janier (le meilleur ouvrier de France - Fromages), Deborah Girardet et Maxime Dubois qui est pâtissier à Chaponost.
Quatre nouveaux chefs rejoignent la programmation dont ceux du restaurant Bichon (Lyon 1er), qui vont nous faire une rôtisserie de cochon confit dans la bière ; en parallèle, nous avons le plaisir d’accueillir Emily Dader, la cheffe du nouveau restaurant végétal Trèfle (Lyon 2e). Nous accueillons aussi Martin Vey, pâtissier à Collonges-aux-Monts-d’Or ; et on termine avec Boris Fontimpe, le chef de La Fabuleuse Cantine, également le futur chef du Chalet du Parc, qui va ouvrir en septembre. Il viendra à l’Aqueduc Festival présenter des recettes de ce qu’il sera possible de déguster là-bas cet automne.
S. B. Il nous reste à dévoiler les têtes d’affiche côté musique…
S. L. : Nous aurons quatre concerts le vendredi et le samedi, avec à chaque fois une ouverture de soirée confiée aux gagnants du tremplin.
Vendredi seront présents : La Yegros, une artiste argentine de nueva cumbia. C’est une star en Amérique du Sud ! Puis Keziah Jones, ce guitariste de génie, l’inventeur du blufunk. Nous terminerons avec un groupe mythique des années 1980, héritiers du disco-funk, Imagination. Pour les avoir vu dernièrement en concert, ils sont incroyables !
Et le samedi, nous aurons Satine, une jeune chanteuse/youtubeuse de 22 ans. Puis le Britannique Charlie Winston et enfin pour clôturer le festival, Ben l’Oncle Soul.
Ce sera très chaleureux !
Propos recueillis par Sébastien Broquet
Aqueduc Festival
Où ? Site du Plat de l’Air ; Chaponost
Quand ? Vendredi 5 et samedi 6 juin
Combien ? De 15 à 69 euros