Chantal la Nuit : “Avec Intérieur Queer, nous gardons une patte très indépendante”

Chantal la Nuit : “Avec Intérieur Queer, nous gardons une patte très indépendante”
DR Noémie Lacote

Le festival Intérieur Queer, mêlant drag show, clubbing, conférences et stand-up, dont la fort riche 9e édition se profile pour début juillet, est désormais un incontournable du paysage culturel lyonnais. Chantal la Nuit, qui le dirige, nous le présente.

Sébastien Broquet : Quel regard portez-vous sur votre parcours, depuis toutes ces années d’organisatrice au sein de la nuit queer ?

Chantal la Nuit : Je suis super contente. Je vis ma meilleure vie depuis 15 ans. Au bout de toutes ces années, les choses se sont affinées. Je suis fière d'avoir réussi à professionnaliser le projet, tout en gardant une patte très indépendante au niveau de la programmation, en étant toujours fidèle à mes valeurs, à mes goûts musicaux, au sens de la fête et de la “follitude”.

S. B. : Parmi les évolutions du festival, il y a la large place laissée désormais aux humoristes, qui étaient absents lors des débuts d’Intérieur Queer...

C. la N. : La scène queer dans le stand-up est récente. C'est une nouvelle jeunesse, qui s’empare de ces nouveaux formats d'expression artistique. Et nous voulions avoir une proposition en ouverture du festival, où nous pouvions “positiver” autour de nos orientations sexuelles. Car nous faisons des talks et des conférences sur des thématiques qui sont un peu lourdes, dures, sur des problèmes de société. Mais dans la culture LGBT+, il n’y a pas que que ça. L'idée, c’était de pouvoir commencer par l'humour, savoir s’ouvrir et rire ensemble, commencer par quelque chose de joyeux et positif. 

S. B. : La présence de Robert Owens, un maître de la house, née dans la communauté gay et Noire de Chicago, est aussi un acte de programmation fort !

C. la N. : C’est l'équipe de Nuits sonores qui nous l’a proposé. J'ai trouvé ça très chouette. Cette programmation du samedi, qui débute à 18h, est très house. Robert Owens, c’est un senior du genre ; avoir l’audace de mettre une légende de ce style en avant dans notre programmation, alors que oui, d’habitude, nous essayons plutôt d’aller vers la nouvelle scène : ça peut en effet se voir comme un acte particulier.

S. B. : Il y a toujours le Ball, désormais bien installé chez vous, avec sa compétition de voguing. Pourriez-vous me détailler la programmation et m’en expliquer le concept ?

C. la N. : Le Ball, c'est une compétition de danse. Des gens viennent de toute la France pour participer. Le voguing est une danse née aux États-Unis dans la communauté trans et noire, c’est un acte de réappropriation des codes de la mode et du luxe. Elle pastiche les couvertures des magazines de mode, reprenant leurs poses. Elle est devenue cette danse un peu géométrique, qui fait penser à Madonna. Ce qui est intéressant, c'est que les gens viennent avec beaucoup de joie pour participer à cette compétition, qui reste très bon enfant. C'est très, très beau. C'est le public qui fait lui-même le spectacle, c'est assez dingue.

S. B. : Qui sont les drag shows de cette année ?

C. la N. : Plusieurs ne sont pas encore annoncés, mais je peux déjà dire que Mami Watta, Afrodite Amour, Ruby on the Nail, La Drag, Esther et Rico Loscopia seront là. Sur ce format drag, une chose change : ce sera de 18 heures à 5 heures. L'idée c'est de mettre la musique à fond dès le début. À chaque entracte, nous remettrons la musique, comme en club. Les spectacles vont se dérouler comme d'habitude, mais nous allons basculer progressivement vers la soirée clubbing, lors de laquelle il y aura encore des performances.

S. B. : Est-ce que le succès phénoménal de Drag Race France a changé les perspectives pour Intérieur Queer ?

C. la N. : Ça a popularisé le drag. Même ma mère regarde Drag Race, à 77 ans ! Ce qui me surprend toujours. Effectivement, l’émission a permis de créer un essor autour de cette culture. Mais, comme tu le sais, ça fait 15 ans que nous créons des événements autour du drag, nous étions là bien avant Drag Race… À la fois, c’est super ; mais d’un autre côté, ça a un peu “lissé” certaines performances.

S. B. : Où en êtes-vous de la programmation des conférences, un axe de réflexion important du festival depuis ses débuts ?

C. la N. : Cette année, nous avons décidé de donner les clés des conférences à des collectifs. Balafre, par exemple, va en faire une. Plusbellelanuit également, autour de la question du bien-être de la population masculine : je vois beaucoup de gens qui sont seuls, qui se sentent seuls. Il y a beaucoup de solitude. 

S. B. : Quel est le budget d'Intérieur Queer et comment est-il financé ?

C. la N. : Nous sommes autour de 200 000 euros. En très grande partie, c'est financé par les entrées et le bar. L'année dernière, nous avons eu quelques subventions, 20 000 euros au total, accordées par le Centre National de la Musique et la Ville de Lyon. Nous avons également gagné un appel à projets de la Métropole l'année dernière, qui nous a permis de financer une partie des talks, mais pas cette année. Nous avons un peu de mécénat et quelques partenariats, pour un montant de 5000 euros. Pour l'instant, ça tient. Sincèrement, c’est une économie qui est très fragile.

S. B. : Tu t’es beaucoup engagée dans la campagne électorale pour Grégory Doucet, qui a été réélu. Les droits et la visibilité queer ont-ils, à ton avis, eu toute leur place lors de sa précédente mandature ?

C. la N. : Je me suis engagée auprès de Grégory Doucet parce que, pour moi, c'est le seul maire de Lyon qui a eu des actions concrètes, dès le début de son mandat, pour la cause LGBT+, en termes de visibilité et de messages. Ce que nous n’avions jamais eu auparavant. Ce signal était hyper intéressant. J'ai bien sûr eu l'occasion de rencontrer le maire plusieurs fois. Nous avons pu discuter. C'est quelqu'un qui a un bel engagement et qui comprend les choses. Bien sûr, il y a des choses à parfaire, mais ça viendra après. Sur les points d'amélioration, j'aimerais bien que la ville puisse soutenir différentes associations pour les rendre plus pérennes, en particulier le Centre LGBT+, qui est la maison d'une quarantaine d'associations. Sur ces questions relatives aux LGBT+, il n'a pas eu peur : la mairie se positionne comme étant ouverte à toutes et tous. Et ça, ça fait très clairement la différence. 

Propos recueillis par Sébastien Broquet

Intérieur Queer
Du 1er au 5 juillet 2026 en divers lieux de Lyon

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