Lyon BD Festival : 20 ans à faire sortir la BD de ses cases

Lyon BD Festival : 20 ans à faire sortir la BD de ses cases
DR Lucas Bres

À Lyon, le mois de juin appartient désormais à la bande dessinée. Depuis vingt ans, le Lyon BD Festival transforme la ville en immense laboratoire graphique où le 9e art dialogue avec le cinéma, la musique, le spectacle vivant et l’espace urbain.

La BD serait en crise. À Angoulême comme à Lyon, les événements liés au 9e art traversent des remous plus ou moins tempétueux. Mais le genre se porte bien, les auteurs sont de plus en plus nombreux et leurs œuvres marquent la rétine.

C'est donc auréolé d'un anniversaire prestigieux que le Lyon BD Festival revient cet été, avec deux jours de temps fort les 13 et 14 juin, mais surtout un véritable "Mois de la BD" déployé dans toute la métropole, entre expositions, concerts dessinés, projections, rencontres, ateliers et spectacles.

L’événement a toujours cultivé un goût du décloisonnement, mais cette édition 2026 pousse encore plus loin cette idée d’une bande dessinée vivante, populaire et traversée par toutes les formes artistiques. Hôtel de Ville, Opéra Underground, musée des Beaux-Arts, Comédie Odéon, Transbordeur, Fnac Bellecour ou encore plusieurs cinémas partenaires deviennent autant de points d’entrée vers cet univers foisonnant. À cela s’ajoutent des dizaines de bibliothèques et médiathèques de la métropole qui participent au "Parcours Bibliothèques", preuve que le festival cherche autant à toucher les passionnés que les simples curieux.

Pour célébrer ses vingt ans, le festival place cette année sa programmation sous le signe de la Méditerranée. Un choix qui irrigue aussi bien les expositions que les rencontres et spectacles (voir encadré).
 
Projections, rencontres et expositions
Mais ce qui fait la singularité du Lyon BD Festival, c’est surtout sa manière de faire sortir la bande dessinée de l’album pour l’emmener vers d’autres territoires.

Cette année encore, le cinéma occupe une place centrale. Plusieurs projections viennent explorer les liens entre le dessin et le grand écran : Persépolis, adaptation culte de Marjane Satrapi, sera projeté au Pathé Bellecour, tandis qu’Alex W. Inker accompagnera une séance de M le Maudit autour de son album Krimi. Les spectateurs pourront aussi redécouvrir Snowpiercer, Valérian et la Cité des mille planètes ou encore Titeuf, le film en présence de Zep.

Cette programmation rappelle combien la bande dessinée nourrit aujourd’hui le cinéma contemporain, mais aussi l’inverse : découpage, narration, cadrage et esthétique circulent sans cesse entre les deux arts.

Le festival multiplie également les rencontres avec les auteurs invités. Plus d’une trentaine de débats et discussions jalonneront le week-end. Florence Dupré la Tour abordera les questions de domination sociale et de rapports de classe, tandis que David Combet et Sylvain Bordesoules proposeront une réflexion autour des récits queer et autobiographiques. D’autres rencontres exploreront Beyrouth avec Jibé et Mathieu Diez, ou encore l’enfance et la mémoire familiale avec Théo Grosjean autour du Petit Gendarme.

Cette dimension réflexive n’empêche jamais le festival de rester profondément ludique. Les expositions disséminées dans toute la ville offrent une traversée de la création contemporaine. À l’Hôtel de Ville, les visiteurs pourront découvrir les univers de Gaëlle Alméras, Sophie Guerrive ou Lucas Harari, tandis que le Théâtre Comédie Odéon accueillera Detroit Roma d’Elene Usdin et Boni. Entre récit intime, science-fiction, humour ou contemplation, le parcours témoigne de l’extraordinaire diversité esthétique de la bande dessinée actuelle.
 
Lancement du Prix Lyon BD Jeunesse
Le jeune public occupe enfin une place essentielle dans cette édition anniversaire. Le festival déploie une vaste Bulle des enfants avec ateliers gratuits, projections, lectures et spectacles. Les plus jeunes pourront dessiner avec Serge Bloch autour de Max et Lili, assister à un spectacle consacré à Anatole Latuile ou participer à une grande Pyjama Party autour des Sisters. Le festival inaugure aussi cette année le Prix Lyon BD Jeunesse, décerné directement par de jeunes lecteurs lyonnais. Une manière de rappeler que la transmission reste au cœur du projet.

Vingt ans après sa création, Lyon BD apparaît ainsi comme bien plus qu’un salon consacré à la bande dessinée. Le festival a progressivement inventé un modèle hybride où la BD dialogue avec toutes les disciplines artistiques, investit des lieux inattendus et s’adresse à tous les publics sans renoncer à l’exigence.

Dans une époque saturée d’images et de récits, il rappelle surtout que la bande dessinée demeure l’un des arts les plus libres pour raconter le monde contemporain.

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