Sébastien Broquet : Comment se porte le Toboggan ?
Raphaëlle Rimsky-Korsakoff : Nous sommes un espace multiple et pluridisciplinaire, avec le cinéma d’art et d’essai, la salle d’exposition et bien sûr la salle de spectacles de 650 places, installés dans un bâtiment de la Ville de Décines. La médiathèque Joséphine Baker est aussi située dans ce bâtiment. Toutes ces disciplines se croisent en un même lieu : spectacle, lecture et cinéma.
Le Toboggan se porte bien. Nous avons entre quarante et soixante levers de rideau, parfois plus avec les locations — notamment des associations. Le cinéma est ouvert six jours sur sept, quasiment toute l’année. Nous ne fermons que trois semaines durant l’été.
Côté cinéma, s’il y a une chute de la fréquentation générale, nous ne sommes pas si impactés : la baisse chez nous reste moins importante qu’au national. Le fait que nous ayons une programmation avec beaucoup d’événements spécifiques, comme récemment une soirée anglaise avec un repas, nous assure des séances qui sont complètes. Nous faisons venir des réalisateurs pour des rencontres…
S. B. : Et vous faites des séances en lien avec votre programmation au théâtre, également !
R. R-K : Les cartes blanches, en effet. Nous en avons une le 13 mars à l’occasion de la programmation de La Vérité : Sylvie Testud va venir présenter en parallèle le film Sagan. Nous en aurons une autre en mars, avec les anciens élèves du Conservatoire de Paris qui jouent dans le spectacle de Clémence Coullon, Hamlet(te). Un documentaire a été fait par Valérie Donzelli, Rue du Conservatoire, relatant toute la création.
La veille du spectacle, nous proposons ce documentaire et les élèves seront présents pour parler de ce qu’est la création d’un spectacle aujourd’hui. Le lendemain, nous accueillerons Hamlet(te), une grosse production type scène nationale, avec une équipe importante au plateau.
Souvent de nos jours, les budgets réduits font que l’on ne programme plus que des spectacles à deux ou trois personnes sur scène. Parce que les moyens ne sont plus là ! Je trouve ça dommage de s’arrêter à de petites propositions, avec un aussi beau plateau que celui du Toboggan. J’aime bien le spectaculaire et c’est important de continuer à soutenir également ces créations avec treize acteurs au plateau.
S. B. : Le Toboggan fonctionne en régie autonome : quel est son budget et comment est-il financé ?
R. R-K : Nous sommes sur un budget de 2,1 millions d’euros. Nous avons une aide de la Ville de Décines-Charpieu, représentant 45% de ce total. La mairie nous accompagne fortement et c’est un véritable avantage d’avoir ce soutien. C’est important et c’est ce qui nous permet d’assurer le fonctionnement du lieu : nous sommes une équipe de vingt personnes au quotidien, plus une cinquantaine d’intermittents.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes nous soutient, la Métropole également. Un quart du budget provient de nos propres recettes de billetterie.
Nous avons commencé l’année dernière à développer le mécénat et des entreprises nous suivent, comme le Crédit Mutuel et Intermarché. Récemment, le groupe HTI basé à Décines nous a rejoint. De plus petites structures nous suivent également. C’est un gros projet, de développer le mécénat. C’est important de ne pas compter uniquement sur les subventions publiques et de réfléchir à développer autrement le projet.
S. B. : Les Écrans du Doc se profilent et ont cette année encore une belle programmation, en résonance avec l’actualité, telle la soirée dédiée à l’Ukraine conviant le journaliste Paul Gogo.
R. R-K : L’édition qui arrive, du 24 au 29 mars, est une très belle édition. Cette année, il y a vraiment une richesse et une variété de documentaires sur des sujets très différents. Nous allons passer du Brésil à la situation en Russie, aux États-Unis… Nous irons également en Espagne découvrir le flamenco avec l’avant-première de Farruquito.
L’écologie sera abordée avec Le Chant des Forêts, un très beau documentaire sur les Vosges, par le réalisateur qui a fait La Panthère des Neiges, Vincent Munier : il viendra présenter le film.
Le public pourra se retrouver sur différents sujets de société contemporains, qu’ils soient engagés, joyeux ou touchants. Pour cette édition, nous avons également intégré deux spectacles de théâtre documentaire dont Big Mother le vendredi 27.
S. B. : Quels sont les autres temps forts à venir de la programmation ?
R. R-K : La présentation de la prochaine saison, le 9 juin ! La saison va se finir fin avril avec Cannibale, que j’ai découvert aux Célestins l’an dernier : une perle, c’est vraiment mon coup de cœur. Mais nous n’aurons pas d’autres temps-forts après Les Écrans du Doc.
Nous souhaitons maintenir la saison prochaine le temps fort Passages, que nous avions inauguré en novembre dernier, sur la représentation du masculin et du féminin dans l’art, avec un drag show, des films sur la question de la transition de genre. Nous aimerions le maintenir sur chaque saison, avec une thématique différente et en accueillant chacune des disciplines que nous défendons. L’année prochaine, ce sera autour des droits de la femme.
En 2027, ce sera également les trente ans du Toboggan : un gros temps fort toute l’année !
S. B. : Comment travaillez-vous la connexion avec votre territoire, Décines ?
R. R-K : Nous accueillons 20 000 scolaires à l’année, entre le cinéma et les spectacles. Nous avons des projets d’éducation artistique au sein des écoles, lors desquels nous essayons de faire des connexions entre les scolaires et des artistes de la programmation qui interviennent en classe. Chaque saison, dix à douze classes bénéficient d’un projet de pratique artistique poussée. Nous développons également tout un programme avec des personnes en situation de handicap.
S. B. : Comment partagez-vous les missions avec Victor Bosch ?
R. R-K : Je suis la directrice, mais nous travaillons main dans la main. Victor — qui est au Radiant-Bellevue à Caluire — m’accompagne dans le travail de programmation. Nous sommes un véritable binôme et c’est ce qui fait notre force. Nous sommes très complémentaires : lui de par son expérience, moi de par mon parcours.
Nous avons aussi des points communs : il était musicien, je suis musicienne et comédienne. Nous étions sur le plateau, nous sommes passés de l’autre côté. Je ne m'interdis pas de retrouver la scène occasionnellement, même si ma mission aujourd’hui est de développer le Toboggan et que, bien sûr, je ne pars pas en création sur de nouveaux spectacles.
Je souhaite développer ce lieu et rêver de projets hors-les-murs, réfléchir à comment faire venir le public, le rendre curieux, lui faire découvrir autre chose que les têtes d’affiches. Je veux défendre la création ! Ça peut parfois faire peur d’aller voir un spectacle, si l’on n’a pas les codes. J’ai encore plein d’idées pour le Toboggan.
Propos recueillis par Sébastien Broquet
Le Toboggan
14 avenue Jean Macé, Décines-Charpieu