En spectacle au Radiant Bellevue, à Caluire-et-Cuire, le vendredi 6 mars, Laura Calu, humoriste marseillaise, viendra défendre son one-woman-show "Senk". Après s’être fait connaître grâce à des vidéos humoristiques devenues virales sur Facebook, publiées depuis 2015 sur sa page "Qu’est-ce que tu fais Laura ?", elle a joué sa première date en 2018 avec son spectacle "En grand". À quelques jours de sa date lyonnaise, elle se confie au micro de Lyon Poche.
Lyon Poche : Pourquoi avez-vous choisi de nommer le spectacle “Senk”, d'où vient ce nom ?
Laura Calu : Il y a une énorme histoire derrière ce mot que je ne vous dévoilerai pas. Pour la simple et bonne raison que sinon je vais spoiler tout le spectacle et que c'est pour ça que j'invite les gens qui s'interrogent, à venir le découvrir parce que c'est tout le sens du spectacle.
LP : Toujours pour parler du spectacle, c'est quoi un petit peu le point de départ ?
LC : J’étais très mal psychologiquement au moment de l’écriture de ce spectacle. J’étais en plein postpartum : j’avais un bébé de trois mois. Il y avait eu le Covid, les confinements… Donc j’étais vraiment dans un état psychologique très fragile, et je n’avais plus du tout d’envie humoristique. Je ne voulais plus faire de vidéos, plus envie de faire des blagues, je n’avais pas d’inspiration.
Du coup, pendant toute la durée de mon postpartum, j’ai noté et accumulé sur mon portable des informations, toutes plus tristes les unes que les autres. Et à la fin, quand on a décidé d’écrire un nouveau spectacle, j’étais persuadée de ne rien pouvoir écrire de drôle. C’est alors mon metteur en scène qui m’a dit de me servir de toutes les informations que j’avais écrites pendant des mois et des mois pour écrire un spectacle comique.
LP : Tu évoques dans ton spectacle qu’on rit, mais que ce n’est pas seulement ça. Au moment de l’écriture, avec toute cette part de “plaintes”, quelle émotion voulais-tu transmettre aux spectateurs ?
LC : Ce n’est pas un spectacle qui parle de dépression. C’est ce qu’on pourrait croire, mais ce qui me déprimait le plus, c’était l’état du monde : l’égocentrisme, l’hypocrisie humaine. J’avais envie que les gens, en voyant ce spectacle, déculpabilisent, qu’ils ressentent le droit d’être imparfaits dans une société où l’on ne cesse de nous rabâcher qu’il faut bien consommer, bien trier nos poubelles, être de bons parents. Avec Instagram, tout le monde montre la meilleure version de soi-même.
On voit en permanence ce qu’il faut faire, avec des gens qui s’autoproclament experts de la petite enfance, de la nutrition, du sport, alors qu’en réalité, ils n’ont aucune formation. Je voulais juste que les gens redescendent un coup, moi la première, qu’on redescende tous ensemble, qu’on déculpabilise et qu’on accepte d’être un peu des merdes.
LP : Est-ce-que ça a un lien avec le fait de transformer la scène en arène ?
LC : Oui, parce que je me disais : “Tiens, je vais faire un spectacle où j’assume pleinement des propos humoristiques touchy”. J’assume aussi d’être un peu borderline parce que, justement, je pense qu’un humoriste doit l’être. Et quand je vois des humoristes aujourd’hui s’empêcher de parler, prendre des pincettes dans tous les sens, je ne vois plus l’intérêt de l’humour. Et puis, au pire du pire, même si c’est un peu borderline, raté ou nul, ce n’est qu’une mauvaise blague, et ce n’est pas grave, tu as le droit de rater une blague.
Je me demandais pourquoi, nous, les humoristes, on nous pointe du doigt dès qu’il y a une blague un peu ratée ou mal comprise. Ça me donnait l’impression d’être un gladiateur au milieu d’une arène, de faire des blagues jusqu’à ma mise à mort, tout simplement.
LP : Tu dis que le métier d’humoriste est compliqué, et encore plus quand on est une femme. Comment as-tu réussi à te faire une place, et quel conseil tu donnerais à celles qui veulent se lancer ?
LC : Je leur dirai de se lancer tout simplement. Il y a dix ans, c’était encore compliqué. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes dans l’humour, et le public en redemande. D’ailleurs, j’en parlais encore avec un ami que j’ai rencontré hier : il me disait hier soir, "Moi, les filles, elles me font plus rire que les hommes". Et j’ai répondu : "Mais merci !", parce que, si on en croit les clichés sur les réseaux et tout, les femmes ne sont pas drôles… alors que c’est faux.
LP : Est-ce qu'en ce moment tu travailles sur une nouvelle pièce ou tu te concentres vraiment sur ton spectacle Senk ?
LC : Alors, si on m’avait posé cette question il y a un an, j’aurais répondu que je me concentrais sur “Senk”. Mais là, je commence à réfléchir au prochain.Parce que “Senk”, on va l’arrêter en 2027. Et même si j’en ai marre tous les jours et que j’ai parfois envie d’arrêter, je me vois mal ne pas enchaîner avec un autre spectacle. J’ai vraiment envie de ramener vite les gens dans une nouvelle aventure. J’ai encore des choses à raconter, encore et encore… ça ne s’arrête jamais.
Propos recueillis par Johanna Rebillard
Infos
Senk
Le 6 mars à 20h30.
Radiant-Bellevue, Caluire-et-Cuire. De 25 à 36 euros.