Biennale de la Danse de Lyon : "Un voyage entre le très pointu et le très populaire"

Biennale de la Danse de Lyon : "Un voyage entre le très pointu et le très populaire"
Biennale de la Danse : "Un voyage entre le très pointu et le très populaire" - DR Blandine Soulage

Avant que la Biennale de la Danse essaime dans toute la métropole (du 6 au 28 septembre), nous avons passé un coup de fil à Tiago Guedes, son directeur artistique - également directeur de la Maison de la Danse - alors qu’il arpentait en juillet les rues d’Avignon. Présentation d’une édition prometteuse.

En présentant votre projet pour la Biennale, en 2021, vous aviez déclaré vouloir en faire “un grand forum de la pensée sur l’état du monde” : comment programmer dans un monde qui ne va vraiment pas bien en 2025 ?

Avec un projet s'appelant “Forum”, qui se déroulera du 17 au 21 septembre, 40 spectacles dont 24 nouveaux, la Biennale reste ce grand rendez-vous chorégraphique où la création est à l’honneur. Mais on voulait lui donner une autre dimension, plus réflexive, immersive, allant à la rencontre des artistes au-delà des spectacles, par des formats de tables rondes et d’expositions ; et ceci, à partir des perspectives de curateurs et de chorégraphes extra-européens.

Ce forum a été pensé avec nous par cinq curateurs de Taïwan, d’Australie, d’Afrique, du Brésil et des États-Unis. Chacun a choisi un artiste. Avec ces dix personnes, on a imaginé cinq thématiques différentes. Par exemple, “Danse, climat et terres contestées”, pensée par un artiste et une curatrice d’Australie, autour du climat et des terres revendiquées par les autochtones. Pour le Brésil, la thématique tourne autour de la peur, de la danse et de tout ce qu’il y a entre les deux. C’est très intéressant car dans la société brésilienne, être danseur, c’est avoir deux ou trois emplois à côté pour pouvoir être artiste. Et c’est aussi défendre un corps qui, sur certains territoires, est en danger, tels les corps noirs et transexuels. Côté États-Unis, la curatrice a choisi une chorégraphe qui est artiste et infirmière. Tout son travail tourne autour du soin et des pratiques somatiques : comment le corps peut être un réceptacle des autres réactions ?

Ce forum est un festival dans la Biennale, la pensée et la réflexion en sont au cœur, moins le spectacle, même s’il y en a aussi.
 
À Lyon, ces dernières années, sous l’impulsion des politiques, les pratiques amateures sont devenues un enjeu, plus que celui de la création artistique d’excellence. En décortiquant votre programmation à la Biennale, on peut voir que les deux peuvent être irrémédiablement connectées. Est-ce plus facile pour la danse de mêler amateurs et artistes, du fait de son côté fédérateur ?

C’est la grande force de la Biennale. Être un événement très populaire où tout le monde peut s’y retrouver et même participer. Et être également très pointue, avec des professionnels du monde entier venant découvrir les nouvelles créations qui représentent plus de la moitié de notre programmation. Avec la nouvelle équipe, on a développé le défilé sur plusieurs niveaux : en plus des huit groupes habituels, pour celles et ceux qui n’ont pas un temps de six à huit mois pour répéter en leur sein, il y a pour la première fois un groupe libre avec seulement deux semaines de répétition. Les amateurs peuvent donc participer au défilé, même avec un emploi du temps réduit. Au-delà du défilé, on ouvre des portes à la participation : des chorégraphes comme Philippe Découflé et d’autres vont intégrer des danseurs amateurs à leurs spectacles. On pousse vraiment la question participative !
 
On passe ainsi de Pierre Boulez à La Lambada : le grand écart. Comment travaillez-vous cet équilibre ?  

Oui, c’est ça (rires) ! On s’amuse avec cette question du savant et du populaire. Il y a un grand projet autour de Pierre Boulez, c’est le centenaire de sa naissance : on a été abordé par l’organisateur de cet anniversaire pour croiser la musique et la danse - ce qui me tient à cœur, comme la question de l’enseignement. Ce projet est réalisé avec les deux conservatoires de Lyon et de Paris, avec les danseurs et les musiciens, dans deux musées - celui des Beaux-arts à Lyon et celui d’Art Moderne à Paris. Et on a ce projet avec le collectif Ès, qui vient de notre région même s’il est désormais basé à Orléans, qui part de ce tube brésilien des années 1980, devenu mondial - La Lambada -, pour le croiser avec des questions sociétales et politiques, avec la chute du mur de Berlin. La Biennale de la Danse, c’est ce voyage entre le très pointu et le très populaire : j’aime l’imaginer ainsi.

Propos recueillis par Sébastien Broquet




Infos

Biennale de la Danse


Du 6 au 28 septembre, métropole de Lyon

X