Pas de relecture tapageuse, mais une mise en scène au scalpel, attentive à la mécanique des sentiments et à la violence feutrée des rapports sociaux. Dans un décor qui oscille entre galerie d’art et salon mondain, le théâtre devient terrain d’observation.
Ici, Célimène n’est plus une simple coquette : elle impose une présence souveraine, stratège des regards, parfaitement consciente du pouvoir qu’elle exerce. Face à elle, Alceste vacille. Moins figure héroïque que prisonnier de son idéal, il s’enferme dans une quête de vérité qui confine à l’obsession. Ce renversement subtil fait toute la force du spectacle : l’intransigeance devient posture, la sincérité, presque une vanité.
Les alexandrins, loin d’être figés, retrouvent leur mordant. Ils claquent, circulent, se frottent aux corps et aux silences. La satire sociale, toujours aussi acérée, dévoile un monde où chacun joue un rôle, où l’hypocrisie n’est pas une exception mais une règle. Delétang capte cette tension avec précision, sans jamais forcer le trait.
On rit, bien sûr. Mais ce rire a quelque chose d’inconfortable. Car derrière Alceste, c’est notre propre rapport aux autres, à la vérité, à l’image que l’on renvoie, qui affleure. Un miroir tendu, net, sans indulgence.
Infos
Le Misanthrope
Du 6 au 16 mai à 16h, 19h, 19h30 ou 20h
Théâtre des Célestins, Lyon 2
De 8 à 42 euros