Sabaton à la LDLC Arena, un assaut bien huilé

Sabaton à la LDLC Arena, un assaut bien huilé

Il y a des soirs où la LDLC Arena de Décines ressemble moins à une salle ultra-moderne qu’à une machine à remonter le temps.

Samedi, Sabaton a prouvé une nouvelle fois qu’il n’est jamais simplement en tournée, mais qu’il transporte son public sur un front mouvant, entre récit historique, imagerie guerrière, et théâtre heavy metal. Ses membres venaient défendre leur dernier opus en date: Legends.

Une ouverture spectaculaire… et un peu bancale

Dès l’entrée, le spectacle se voulait grandiose. Le “moment Napoléon”, où plusieurs personnages historiques dialoguent avant l’entrée du groupe sur scène, a fait son effet. Uniformes clinquants, décor dramatique, posture de stratège sorti d’un film : tout y était.

Sauf que l’interprète, en tentant de “localiser” la scène pour Lyon, a patiné. Petit trait d’humour sur la saucisse locale, deux ou trois références bricolées à l’identité lyonnaise un peu ratées… L’idée était de créer une connivence, mais dans un pays trop centralisé, où tout converge vers Paris, les artistes en tournée galèrent parfois à trouver spontanément des symboles locaux qui sonnent juste. Résultat : une blague pas méchante, mais un peu gauche, qui a laissé la salle mi-amusée, mi-intriguée.

Heureusement, Sabaton n’a pas laissé le malaise s’installer. Flammes, visuels de conquêtes, références à Gengis Khan, aux Templiers ou à l’ombre de César, à Napoléon aussi, sabres et drapeaux projetés en grand format : la guerre, version Sabaton, c’est toujours une fresque XXL.

La fosse en ordre de bataille

Dans la fosse, l’ambiance était électrique. Beaucoup de fans de la première heure, mais aussi une bonne portion de nouveaux venus (forcément sinon l’audience n’aurait pas été large). Léa, 21 ans, premier concert de Sabaton, venue avec ses parents, résume la vibe :
 "Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais dès le deuxième morceau j’étais embarquée. C’est massif, ça bouge, ça raconte des histoires… On ne voit pas ça partout."

Plus loin, un vétéran du métal local, barbe tressée et veste patchée jusqu’au col, Jean-Michel, élu dans une commune proche de Lyon et grand fan de métal,, lâche un verdict tout aussi enthousiaste :
 "Ils font du spectacle comme Rammstein, mais avec un vrai amour du sujet. Tu sens que l’Histoire, ça les nourrit."

Les cercles se sont formés, soigneusement, sans dérapages. Le public lyonnais, réputé parfois calme, s’est surpris à sauter, hurler, lever les poings. Sur certains refrains, l’unité était totale.

Joakim au combat contre les basses

Si l’énergie du groupe ne s’est jamais essoufflée, le mix, lui, a posé quelques soucis. Les basses, gonflées au maximum, ont parfois étouffé le chant de Joakim Brodén. Certains passages où sa voix rugueuse devait briller sont restés en retrait, noyés dans la masse sonore. Pas de quoi gâcher la soirée, mais assez pour frustrer les fans attentifs.

"J’adore sa voix justement parce qu’elle est reconnaissable entre mille. Là, par moments, on perdait tout", regrette Hugo, venu de Grenoble.
 Sabaton aime le son massif, mais ici, il a parfois débordé.

Le contraste avec le Sabaton des débuts est frappant. Le groupe qui remplissait laborieusement des salles de 1 000 personnes tient aujourd’hui une arène presque complète à près de 10000 personnes. Cette évolution dit beaucoup : le power metal, longtemps catalogué “niche”, attire désormais un public large. Et Sabaton, avec son sens du récit et du spectaculaire, en est l’ambassadeur idéal.

Romain Blachier

X