Anne Roumanoff à Lyon : "L’humoriste tend un miroir à la société"

Anne Roumanoff à Lyon : "L’humoriste tend un miroir à la société"
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Après 40 ans de scène, Anne Roumanoff présente à Lyon son spectacle "L’expérience de la vie" où elle aborde toutes les grandes transformations de notre société. Rendez-vous le 25 juin prochain à 20h à la Bourse du Travail.

Lyon Poche : Comment êtes-vous tombée dans le bain de l’humour alors que vos études vous destinaient à la politique ?

Anne Roumanoff : J’ai commencé à faire des sketchs quand j'avais 12 ans, devant la famille et des amis. Et puis, j'ai été dans un cours de théâtre à 12 ans pour enfants, et puis pour adolescents. Je continuais à faire des sketchs mais à chaque fois que je faisais des sketchs, on me disait "Non, fais du théâtre". Donc, à 15-16 ans, quand on me demandait de faire des sketchs, j'ai dit non, j'ai arrêté les sketchs. Et après, je suis revenue parce que je me suis rassurée que c'était ma voie. Pour moi, c'était compliqué parce que je voulais faire du théâtre alors qu’on me disait que les sketchs n’en étaient pas. Et il y avait un jour, quelqu’un qui m'a débloqué, qui s'appelait Maurice Sarrazin, quand j'avais 22 ans, il m'a dit "Mais si, c'est du théâtre". Et donc, à partir de là, j'ai commencé à gagner ma vie à 22 ans en faisant des sketchs.

LP : Quand on parle de vous, on retrouve beaucoup l’expression d’un humour qui réunit au lieu de diviser. Êtes-vous d’accord avec ça ?

AR : En fait, j'essaie de ne pas être dans le jugement de valeurs, de ne pas détruire les gens. Je dis des choses, mais je trouve que chaque être humain a des bonnes raisons d'être comme ils sont. Je pense que mes spectacles font du bien, en tout cas. Après, je tacle quand même beaucoup, évidemment, il n'y a pas d'humour sans tacle. Mais le fond n'est pas cynique, je pense.

LP : On sait que l’humour peut justement diviser, ne pas plaire à tout le monde, faire polémique, ça passe ou ça casse autrement dit. Alors comment fait-on pour réunir autour de l’humour ?

AR : Après, il y a aussi différents styles d'humour. On peut aussi aimer être quelqu'un et aimer plein de styles d'humour différents. En tout cas, j'essaie de ne pas être dans le jugement de valeurs. J'incarne beaucoup de gens qui ont des jugements de valeurs très précis sur les autres. Moi, j'essaie de ne pas en avoir quand je fais un personnage, de donner leur chance et de montrer que chacun fait ce qu'il peut dans la vie. Moi, j'ai dit que l'important, c'est de faire de la bonne cuisine. Il y a toutes sortes de restaurants. L'important, c'est de faire de la bonne cuisine dans le style qu'on s'est choisi

LP : Alors pour faire cette bonne cuisine, comme vous dites. Quelles sont vos inspirations ?

AR : Je m'inspire beaucoup de l'époque, en fait. C'est vraiment tout ce que je peux observer. Et puis, tout le monde observe l'époque. Après, c'est de trouver un axe comique qui fait rire les gens sur des choses qui ne sont pas drôles parce qu'on ne fait pas rire avec le bonheur. Donc, c'est parfois pas mal de recherche pour trouver comment arriver à faire rire avec tel ou tel sujet.

LP : Parlons maintenant de votre spectacle "L’expérience de la vie", en tournée depuis 3 ans. Que va retrouver sur scène le public lyonnais ?

AR : C’est un spectacle qui est évolutif parce que je parle de l'actualité. Donc, il y a tout un passage sur Trump, sur la guerre qui n'était pas là il y a deux mois.
C'est vraiment un spectacle où je me moque de l'époque. C'est comme un état des lieux de l'époque actuelle. Je parle des relations amoureuses, des caisses automatiques, du supermarché, du développement personnel, du wokisme, de Trump, de Macron, des réseaux sociaux. C'est assez large.

LP : Quelles est l’une ou les transformations de la société qui vous étonnent le plus ?

AR : Non, je ne suis pas étonnée. Je regarde. Je trouve ça marrant.

LP : S’il y en a un, quel message souhaitez-vous faire passer ?

AR : Rions un peu avant de pleurer. Après avoir pleuré, on peut rire. Parce que le rire n'empêche pas la douleur. Le rire vient après. Plus on a souffert, plus on rit.

LP : Ce spectacle parle des transformations de la société, mais est-ce qu’il ne parlerait pas un peu des vôtres, indirectement ?

AR : Oui, bien sûr, je parle de moi aussi. Je parle de l'amour, de l'âge. Mais ce n'est pas un spectacle sur moi. Franchement, moi, ça ne m'intéresse pas. Ce que j'aime sur scène, c'est de faire des personnages. D'ailleurs, c'est là où les gens rient le plus. Je fais des personnages qui s'intéressent au public.

LP : Après ces décennies de spectacles, comment fait-on toujours rire quand, justement, l’humour et le politiquement correct évoluent ? Avez-vous changé votre façon de créer vos sketchs ?

AR : Mon style a évolué. J'ai commencé, j'avais 22 ans, j'en ai 60. Mais après, je pense que l'humoriste tend un miroir à la société. Si on est en phase avec la société, la société, c'est une matière qui se renouvelle tout le temps. Il suffit de regarder, on a des choses à dire. Et puis après, c'est le public qui décide. Moi, je réécris. Je regarde les gens rire, il y a des sketches que je vais jeter à la poubelle. Je me cale sur les réactions du public. Quand il y a des passages qui ne font pas rire, je les enlève. S'il y en a qui font plus rire que ce que j'aurais cru que je développe. Le public est mon partenaire.

LP : L’humour de votre public a-t-il évolué ?

AR : Bien évidemment, la société change. Bien sûr, les gens ne rient plus de la même manière, mais après, le ressort comique reste là. Par exemple, il y a des tas de livres américains super bien faits sur l'écriture d'humour. Le troisième est disruptif, ça s'appelle un punchline, ça fait rire. Si on regarde Coluche qui a dit qu'un certain temps, le rire tombe au bon endroit. Le rire, c'est comme l'art, c'est comme la musique. La musique est en perpétuelle mutation. L'humour, c'est la même chose, c'est en perpétuelle mutation. Et en même temps, il y a aussi des fondamentaux. C'est comme un musicien qui a des influences extérieures, qui écoute ce qui se fait. L'humour, ça doit être très, très relié aux gens et à la société. Il faut donc être à l'affût. Par contre, un chanteur, il fait une chanson, il va y avoir des gens debout dans la salle, ils vont chanter, pas chanter. Alors que nous, franchement, quand on est sur scène, on est sur un ring. La sanction, elle est immédiate. Il y a rire ou il n'y a pas rire, il n'y a pas de demi-mesure.

Propos recueillis par Margaux Nourry

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